S’exercer à l’amour du prochain en cellule

Père Laurent Roudil, curé de la paroisse de Modane

Dans le christianisme, l’amour du prochain n’est pas facultatif, il est un devoir dans le sens où tout homme est appelé à se laisser aimer et à aimer. Nous pouvons progresser dans l’amour mais aussi régresser. L’amour se vit avec les autres et c’est au sein de la communauté chrétienne que l’amour fraternel se développe et se renforce.

Saint Paul exhortait la communauté des Ephésiens de cette manière :

Aucune parole mauvaise ne doit sortir de votre bouche ; mais, s’il y en a besoin, dites une parole bonne et constructive, bienveillante pour ceux qui vous écoutent. En vue du jour de votre délivrance, vous avez reçu en vous la marque du Saint-Esprit de Dieu : ne le contristez pas. Faites disparaître de votre vie tout ce qui est amertume, emportement, colère, éclats de voix ou insultes, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.
Ephésiens 4, 29-32

Comment se situer dans notre relation d’amour avec notre prochain ?

Notre pape Benoit XVI a cette pensée tirée de l’Evangile dans son encyclique
« Dieu est Amour » :

L’amour du prochain… consiste précisément dans le fait que j’aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n’apprécie pas ou que je ne connais pas.

Il est donc facile d’aimer ceux qui nous aime selon les orientations de Saint-Paul, ou encore de rester à un amour-sentiment au début d’une relation. Cependant, dans la durée , le sentiment ne va plus être suffisant, il va et il vient comme le vent, il va falloir aimer aussi avec son intelligence et sa volonté.
Aimer le frère que j’aime moins ou celui que je n’ai pas envie de rencontrer en ce moment, c’est justement celui-ci qui va me permettre de vérifier si mon amour pour Dieu est authentique ou seulement intéressé.

Benoît XVI continue dans sa lettre en disant ceci :
"Si par contre dans ma vie je néglige complètement l’attention à l’autre , désirant seulement être pieux et accomplir mes devoirs religieux, alors même ma relation à Dieu se dessèche. Alors, cette relation est seulement correcte, mais sans amour."

Les cellules sont là pour évangéliser et le terreau nécessaire pour porter du fruit est l’amour concret envers le prochain. Nous comprenons mieux toute l’importance du service rendu à notre frère d’une manière gratuite et désintéressée. Aller vers le prochain, lui être attentif, lui témoigner de l’amour, lui dire des paroles constructives et édifiantes est un chemin vers le Christ. Ce chemin s’apprend, se prépare, se vit au sein de la rencontre hebdomadaire de la cellule.

Quand tu pries, quittes le Christ pour aller vers le Christ qui t’appelle dans ton prochain.

Cette attitude nous amène à sortir de nous-même, à ne pas faire de la prière un refuge dans lequel on ne sort pas. La prière authentique vécu dans une relation vivante avec le Christ nous pousse à aimer tous les hommes et aller à leur rencontre.
Mère Teresa a puisé dans la relation intime avec Jésus au sacrement de l’Eucharistie sa joie d’aimer à nouveau chacun de ses pauvres, c’est en les servant qu’elle a trouvé l’œuvre de Dieu dans sa vie. Elle quittait le Christ eucharistique dans ses heures d’adoration matinale pour retrouver à nouveau le Christ dans son frère qu’elle servait avec amour. Se donner dans le service de son prochain rend libre et heureux et nous fait découvrir le Christ agissant en nous.

Aimer Dieu et son prochain ne font qu’un

L’amour pour Dieu n’est pas indifférence pour l’homme. Et l’amour pour le prochain ne range pas notre amour pour Dieu dans des oubliettes. Nous pouvons avancer dans ce double commandement de l’amour que si nous recevons l’amour premier de Dieu pour nous. De cette manière, il n’est plus un précepte vécu de l’extérieur et pouvant apparaître comme contraignant ou impossible à réaliser, mais comme une expérience intérieure de l’amour du Christ pour nous, qui nous pousse à notre tour à aimer notre prochain. Les recommandations de saint Paul dans sa lettre aux Ephésiens deviennent réalisables. Ces expressions négatives opposées à l’amour que sont, l’amertume, l’emportement, la colère, les éclats de voix ou insultes, ainsi que toute espèce de méchanceté, peuvent être dominées et vaincues avec l’amour du Christ et laisser place à des relations entre nous pleines de générosité et de tendresse, de pardon et de paix. C’est en nous engageant chaque jour dans l’amour pour Dieu et pour le prochain que nous pouvons progresser sur ce chemin et nous dépouiller du vieil Adam pour revêtir l’homme nouveau dans le Christ . De cette manière, l’Amour du Christ nous transforme en lui et nous permet de dépasser nos divisions.

En lui nous ne faisons plus qu’un en un seul Corps, jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous.
1Corinthiens 15,28