Quel sens donner à notre service ?

Patrice Flaud, diacre permanent, responsable diocésain des cellules d’évangélisation à Meaux

A l’exemple de Jésus, et par notre baptême, nous avons tous une vocation de serviteur, et le sens premier que l’on peut donner à toute attitude de serviteur est certainement la réponse à Jésus qui nous dit « que celui qui veut être le premier se fasse le dernier et le serviteur de tous ». Il y a donc dans toute attitude de service une proposition de croissance spirituelle. Servir nos frères, servir l’Eglise est au cœur de la pédagogie des cellules paroissiales d’évangélisation qui demande à chacun d’accomplir un ministère. Il est donc important de savoir donner du sens à notre service.

J’aimerais donner la parole à Antoinette qui a accepté, avec l’aide de quelques autres, le service de fleurir l’église. Là encore il s’agit d’un service discret, qui implique fidélité, prière, et sens liturgique. Antoinette nous confie que c’est au séminaire de Milan, à Sant-Eustorgio, qu’elle a pu approfondir le sens donné à ce service et la manière de l’accomplir. Nous savons dans nos cellules que l’évangélisation passe par l’apprentissage de la louange. Le sens premier dont nous parle Antoinette est justement celui d’une louange et d’une prière : « En liturgie, la composition florale n’est pas une composition ornementale plus ou moins sophistiquée, mais une composition qui ressemble à un buisson ardent offert par Dieu et à Dieu pour qu’Il puisse se manifester dans sa beauté ; offert aussi au peuple rassemblé pour qu’il puisse y lire l’amour de son Dieu ». La présence de ces fleurs dont Il est le créateur et qu’Il nous donne est signe de notre louange au Seigneur. « Cette composition se veut avant tout une prière pour que la beauté du monde laisse entrevoir la beauté de Dieu. En effet toutes les fleurs parlent du Dieu créateur ; elles ont pour mission d’exprimer la beauté, la joie, l’action de grâce. »

Communion et unité dans le service

Ce service s’accomplit dans la communion et l’unité, avec le Pasteur, et en relation avec le service liturgique. « La décoration florale au service de la liturgie s’inscrit dans une réflexion avec le pasteur et l’équipe liturgique. Elle vise à conduire vers une célébration plus vivante, à entraîner la communauté à la rencontre du Seigneur et à entrer dans le mystère de Dieu. Elle contribue à la beauté des célébrations. Dans le déploiement des fêtes ou la sobriété quotidienne, et au fil des dimanches ou de notre méditation, nos bouquets donnent à voir le souffle du Dieu Rédempteur offert, transfiguré, ressuscité. » Mais Antoinette nous explique que de la même manière que servir nous aide à nous décentrer de soi, et que le serviteur n’attire pas le regard sur lui, les fleurs ne sont elles même qu’un instrument au service de la liturgie. « Si le bouquet liturgique accompagne la prière de la communauté, il ne doit pas occuper tout l’espace pour ne pas gêner le déroulement de la célébration, le mouvement des célébrants, ni détourner de l’essentiel, le sacrifice de la messe. Il tient compte du lieu et de l’assemblée. » Elle précise aussi qu’elle aime à s’appuyer sur la lecture de livres spécialisés : quels que soient nos dons personnels, accomplir un service nécessite d’apprendre, d’écouter des conseils, de lire, nécessaire humilité pour grandir dans le service.

Le service vécu dans la prière, source de méditation

Enfin il s’agit d’un service qui est source de méditation et de rencontre avec le Seigneur. Vécu comme une prière, et soutenu par la prière : le bouquet liturgique est un signe qui « élève l’esprit vers Dieu . Il ne cherche pas à faire passer un message, mais il invite à une expérience spirituelle, personnelle pour chacun. C’est un moyen de partir d’une réalité visible vers une réalité invisible, de tracer un chemin de foi vers la Présence ; il nous entraine dans la communion de Dieu amour qui est « la beauté de toutes les beautés » (Saint augustin).

Antoinette conclut en méditant sur le sens du service demandé, et en rendant grâce pour l’appel reçu : « La réalisation d’un bouquet liturgique ne réclame pas des techniques particulières. Sa création s’inspire de la nature et des écritures dans l’harmonie des couleurs et des formes. C’est la contemplation du Dieu créateur trinité d’Amour qui guidera notre œuvre et sera à son tour source de contemplation. Le bouquet se construit avec des éléments naturels issus du travail de l’homme et de l’adresse de ses mains, car le Dieu Vivant se laisse rencontrer à travers le travail de l’homme. Cueillir et accueillir ce qui est donné à portée de main Se laisser guider par l’inspiration et le parler des fleurs ; Recevoir, transformer, et dire merci à Dieu. »

Ce dont nous témoigne Antoinette pour ce service particulier rejoint ce que l’on pourrait dire de tout service :

Servir n’est pas seulement répondre à une demande par obéissance, ce n’est pas simplement une tâche à exécuter ; c’est avant tout répondre à un appel personnel, c’est accueillir une grâce qui nous est faite.