Que faire dans l’angoisse ?

Père Laurent Perru, prêtre du diocèse de Fréjus-Toulon

La France est le pays au monde qui consomme le plus de médicaments pour apaiser le psychisme : somnifères, anxiolytiques, antidépresseurs… Nous avons de la peine à affronter nos angoisses. Et on le comprend parce que l’angoisse est plus difficile à traverser que la peur pour une simple raison : elle est sans objet. On sait de quoi on a peur mais on ne sait pas de quoi on est angoissé.

Il y a plusieurs types d’angoisse. Il y a les angoisses psychologiques gênantes mais qui n’empêchent pas de vivre. Il y a les crises de panique qui demandent à être traitées rapidement. Sur le plan spirituel il y a aussi des angoisses qui naissent de l’expérience de la proximité de Dieu et du manque de préparation de notre nature humaine. Mais le plus fréquent ce sont ces malaises, ces impressions de mal-être vécues au quotidien.

D’où vient l’angoisse ?

L’origine de l’angoisse est mystérieuse, elle remonte du plus profond de l’être humain. Elle a souvent un lien avec des souffrances précoces, l’abandon par exemple. Elle peut être liée à de multiples causes, circonstances, épreuves… Son caractère pénible vient justement de son aspect fumeux. Nous portons tous plus ou moins cette crainte d’être seuls au monde, rejetés de tous ou précipités malgré nous dans la folie ou le néant. Nous consommons pas mal d’énergie pour camoufler ce phénomène : hyperactivité, fuite de la solitude et du silence, agressivité, consommation d’alcool, de tabac ou d’autres produits…

Supprimer l’angoisse ?

En même temps, comme toute émotion, l’angoisse révèle un besoin pressant auquel il nous est demandé de répondre : quel est le sens de notre vie ? A force de vouloir supprimer tous les symptômes gênants dans notre existence, on peut en arriver à anesthésier complètement son esprit et ne plus se poser aucune question. L’usage abusif d’anxiolytiques atténue le ressenti pénible de l’angoisse mais ne permet pas de répondre à la question du sens de ma vie. Or la réponse à cette question n’est pas une option, elle est impérieuse : ceux qui mènent une vie dénuée de sens à leurs yeux finissent par tomber dans la dépression et d’autres souffrances connexes.

La traversée dans la nuit

Il vaut mieux chercher à traverser ce moment d’obscurité en employant de bons moyens plutôt que de s’obstiner dans le déni. Les médicaments peuvent aider mais ne suffisent pas. La prière n’est pas un médicament mais elle aide vraiment, surtout la prière de louange car elle nous décentre de nous-même pour nous tourner vers Dieu. Dans l’angoisse on est comme rétracté et recroquevillé sur soi. La prière de louange nous ouvre au contraire. Connaître des personnes à qui on peut se confier et qui peuvent prier avec nous dans ces moments-là est quelque chose de précieux. On apprend alors à traverser comme dans un chemin de nuit cette épreuve et la lumière est toujours au bout. Jésus lui-même a voulu expérimenter l’angoisse et nous en révèle le sens profond dans l’épisode de l’agonie au jardin de Gethsémani, de nuit justement, au début de sa passion. Jésus a voulu vivre la situation de l’homme séparé de Dieu, la situation même du péché qui est séparation d’avec la source de la vie. Il a voulu porter la conséquence de nos fautes pour que nous n’ayons pas à la porter : la mort. L’angoisse de Gethsémani est l’angoisse de la séparation d’avec Dieu.

La bonne nouvelle

Aujourd’hui nous rencontrons beaucoup de jeunes qui sont souvent angoissés sans le savoir. Ils n’ont pas seulement peur du lendemain comme on voudrait nous le faire croire, le mal est plus profond : ils sont dans l’angoisse de ne pas savoir qui ils sont. Ils répondent comme ils peuvent à cette situation et elle explique bien des comportements violents contre soi-même ou contre les autres. La Bible répond à cette question d’une façon simple : en Jésus nous sommes des enfants bien-aimés de Dieu. Nous chrétiens nous avons une mission urgente aujourd’hui : aimer les jeunes pour leur révéler qu’ils sont aimés de Dieu d’une manière inconditionnelle : quelqu’un qui se sait aimé traversera sans sombrer les angoisses de l’existence. Il ne s’agit pas simplement de délivrer une parole (ça ne calme pas toujours les angoisses !) il faut témoigner de l’amour de Dieu en actes, c’est souverainement efficace dans ce cas : seul l’amour est convaincant.

Crédits photos : Berna Lopez - evangile et peinture.org