Pour des paroisses missionnaires - Interview du père Arnaud Adrien

Par Marie-Christine Lafon, journaliste à Famille Chrétienne

Des paroisses ferventes et missionnaires ? « Oui, grâce aux Cellules paroissiales d’évangélisation », répond le père Arnaud Adrien, supérieur du séminaire de Toulon et responsable des Cellules paroissiales d’évangélisation francophones. En France, une quarantaine de paroisses ont mis en place cette méthode et près de deux mille personnes s’y investissent. Nous l’avons rencontré à Milan lors du Vingtième séminaire international des cellules paroissiales d’évangélisation alors que celles-ci viennent d’être approuvées dans leur principe par Rome, ad experimentum, pour cinq ans.

  • Quels sont les principes des cellules paroissiales d’évangélisation ?
    Leur méthode est fondée sur l’adoration eucharistique. Nous invitons les chrétiens d’une même paroisse à adorer le Seigneur dans son Saint-Sacrement 24h/24h et 7j/7j. Ceci pour favoriser une rencontre avec Lui qu’on veut aimer et faire connaître. La prière est donc essentielle. Cela nous évite d’être prosélyte au mauvais sens du mot.
    Ensuite, pour leur parler du Seigneur, nous nous mettons au service des personnes de notre entourage (familial, amical, professionnel, etc.). L’annonce de l’Évangile est un charisme spécifique des cellules, qui tendent toujours à croître, à se démultiplier. C’est le mystère de l’Église : croître pour rejoindre les confins de l’univers. Aussi, chaque cellule a un leader qui formera son co-leader appelé à prendre sa place lorsque la cellule se démultipliera.
  • En quoi le système répond-il à la vocation de la paroisse ?
    Les cellules sont un instrument qui permet au curé de rendre sa paroisse missionnaire. Jean-Paul II disait plusque la communauté chrétienne qui n’est pas missionnaire n’est même pas une communauté chrétienne. Dans la pastorale ordinaire, on rend des services (mariage, baptême, etc.) aux gens qui viennent nous voir, puis… on leur dit au-revoir, faute d’avoir les moyens de les accueillir vraiment. Alors, les cellules deviennent des lieux d’accueil, de fraternité, qui vont pouvoir intégrer et « garder » ces personnes que la pastorale ordinaire ne fait que rencontrer.
    Elles permettent à la pastorale ordinaire de devenir missionnaire. Chacun de ceux qui, par leur biais, viennent ou reviennent à la paroisse, doit avoir un service au sein de la communauté paroissiale. Les cellules donnent donc une énorme capacité d’initiative au curé.
  • Conseilleriez-vous cette méthode à toutes les paroisses ?
    Oui, elle est universelle. Si le Saint-Siège l’a reconnue, c’est précisément à cause de son universalité. Adaptée au monde entier, elle s’étend sur les cinq continents : les cellules sont même nées en Corée, au sein du courant évangélique, et non en Europe !
  • À quoi attribuez-vous cette universalité ?
    Au fait que tous les éléments de la vie chrétienne y sont rassemblés : le lien, par le curé, des cellules avec l’Église apostolique ; la constitution de petites communautés chrétiennes qui prient ensemble, vivent dans la charité fraternelle, et sont nourries par l’enseignement du pasteur, pour ensuite annoncer l’Évangile. Autrement dit, dans les cellules, les Actes des Apôtres (ch. 2, 42-43) sont mis en œuvre : « Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières… ».
  • Pour les paroisses françaises, quels sont l’intérêt et les difficultés à adopter cette méthode ?
    Les mentalités doivent changer pour que tous, dans la paroisse, soient orientés vers la mission. Il faut que la paroisse devienne missionnaire, ait la capacité d’intégrer non seulement ceux qui viennent frapper à la porte, mais encore ceux vers qui on va. Que toute son énergie, sa volonté mais aussi son intelligence pastorale soient au service de la mission.
    La principale difficulté réside dans le nécessaire changement de mentalité. Nous ne sommes pas seulement là pour nourrir les fidèles mais pour faire croître le Royaume, en qualité et en quantité.
  • Cela ne se s’opère-t-il pas dès lors qu’on permet aux personnes de rencontrer le Christ ? Faut-il forcément une méthode ?
    Oui. L’expérience montre que le catholique peut découvrir le Christ et s’endormir, le garder pour soi. Le chrétien évangélique, lui, quand il se convertit, se met à annoncer le Seigneur autour de lui. C’est une autre mentalité.
    Si Jean-Paul II a écrit en 1997 l’encyclique Redemptoris missio c’est – il le dit explicitement – parce qu’il a constaté une volonté moins grande d’évangéliser chez les chrétiens. Nous devons retrouver l’élan missionnaire ! Tout le monde parle de la mission, dit que c’est important, et tous les prêtres sont partants. Mais quels sont les outils concrets qui la soutiennent ? Quand des chrétiens se réunissent chaque semaine pour partager sur la mission qu’ils ont menée, la flamme est entretenue : ils se rappellent leur vocation fondamentale.
  • Que conseilleriez-vous au curé français qui s’interroge sur le lancement des cellules dans sa paroisse ?
    Pour ne pas être déçu, je lui conseillerais de bien étudier la méthode de lancement d’abord, et de se préparer soigneusement. Ensuite, il doit être bien décidé à ce que l’ensemble de sa pastorale devienne missionnaire. Pour que cela puisse être fécond, il faut comprendre que les cellules ne sont pas une activité parmi d’autres, qu’elles ne sont pas un mouvement. Elles permettent la constitution d’une communauté chrétienne qui intègre ceux que la pastorale ordinaire ne permet que de rencontrer. Fondamentalement, les chrétiens sont là pour permettre aux gens de rencontrer le Christ. Or, il se rencontre dans l’Église. Donc, il faut qu’ils intègrent l’Église. C’est une autre manière d’envisager la pastorale des sacrements. Il s’agit d’un travail d’intégration et pas seulement de services à assumer.
  • Et que conseilleriez-vous aux laïcs qui aimeraient lancer les cellules et dont les curés sont réticents ?
    Don Pigi [1] dit qu’il faut beaucoup prier. Ensuite, il faut inviter le curé à sa table avec une bonne bouteille de vin et créer des liens d’amitié. Puis, rendre service, et petit à petit montrer que les cellules n’ont pas une prétention totalitaire ; elles sont simplement au service d’une paroisse qui a le devoir de devenir missionnaire. Mais rien n’est possible sans l’enthousiasme du curé pour le projet.
  • Quel est l’intérêt du statut canonique donné, par le Conseil pontifical pour les laïcs, au Système des Cellules paroissiales d’évangélisation ? Qu’est-ce que cela va changer ?
    L’intérêt est double : d’abord cette expérience paroissiale a un label catholique incontestable. Deuxièmement, il y a un défi interne aux cellules qui, confirmées dans leur vocation missionnaire, ont à proposer cette forme d’évangélisation à l’Église locale. Le prêtre doit avoir, comme saint Paul, le souci de toutes les Églises. Cette reconnaissance du Conseil pontifical pour les laïcs oblige la communauté paroissiale – prêtres et laïcs – à être missionnaire, non seulement auprès de son entourage, mais encore de l’Église universelle, en prenant sur ses épaules une partie de ses besoins. C’est enthousiasmant !
  • La conjonction de la reconnaissance des Cellules paroissiales et de l’Année sacerdotale qui commence est-elle un signe pour vous ?
    Saint Paul, le grand évangélisateur, est précisément devenu le patron des Cellules, en la fête de sa conversion, le 25 janvier. L’Année sacerdotale peut parler à des prêtres qui ont le désir de remplir leur mission d’être des pasteurs, et des pasteurs de tout le troupeau. C’est la parabole du bon berger qui, maintenant, va chercher non pas la brebis perdue mais les quatre-vingt dix-neuf brebis perdues.

Marie-Christine Lafon

[1Don Piergiorgio Perini, appelé affectueusement Don Pigi, 80 ans, a, depuis plus de vingt ans à Milan, mis en place le système des cellules paroissiales d’évangélisation dans sa paroisse Sant-Eustorgio, d’où l’élan missionnaire a gagné l’Europe.

Voir en ligne : L’article sur famille chrétienne : Cellules paroissiales d’évangélisation, pour des paroisses missionnaires