Pentecôte à Milan

Par Marie-Christine Lafon, journaliste à Famille Chrétienne

À Milan (Italie), du 3 au 7 juin, s’est tenu le 20e Séminaire international sur les cellules paroissiales d’évangélisation, dont Rome vient d’approuver l’expérience. Un mode de vie paroissial plutôt contagieux.

« Andate in tutto il mondo e predicate il Vangelo… ! Go into the world and proclaim the Gospel… ! Vayan por todo el mundo… ! » Les bannières qui habillent les colonnes de la basilique Sant’Eustorgio de Milan le proclament : « Allez dans le monde entier annoncer l’Évangile à toute créature ! » L’antique église est en effet le théâtre d’un rassemblement charismatique. Au lendemain de la Pentecôte, un souffle parcourt l’assemblée cosmopolite.

Ils sont quatre cents, de trente-deux nationalités, à participer au 20e Séminaire international sur le système des cellules paroissiales d’évangélisation. Coiffés d’un casque, ils écoutent attentivement les enseignements traduits simultanément en sept langues. Ce matin : « vUne paroisse en flammes est possible : les piliers de l’évangélisation ».

Un processus cellulaire

Par le nom insolite de « cellule paroissiale d’évangélisation » est désignée une petite fraternité qui, telle l’unité biologique fondamentale, est capable de donner la vie à une autre. Greffée sur le tissu paroissial, la cellule d’évangélisation est composée initialement de six à huit laïcs qui se réunissent chaque semaine durant une heure et demie environ (voir le reportage « Ça se passe près de chez vous »). Fondée sur le Christ adoré dans le Saint-Sacrement, elle est un lieu où l’on approfondit sa foi, où l’on se met au service de parents, voisins, amis, collègues, connaissances, pour leur annoncer l’Évangile et les inviter à vivre cette expérience fraternelle, afin qu’ils rencontrent le Christ et retrouvent le chemin de l’Église. La cellule est ainsi appelée à croître en accueillant de nouveaux membres et, atteignant un certain nombre, à se « démultiplier », participant ainsi à la croissance du corps vivant qu’est l’Église.

L’Italie est le pays où les cellules sont les plus nombreuses. L’Amérique latine est la région du monde où la méthode, arrivée depuis peu, se répand le plus rapidement. Et à Milan, cette année, 50 % des participants au séminaire étaient français.

L’urgence de l’évangélisation

« En milieu rural, il en va de l’avenir des paroisses ! », affirme vigoureusement, lors d’une pause-café, le Père Michel Pierron, près de 70 ans, curé à Moulins-sur-Allier. Il est l’un des quatre-vingts prêtres à participer au séminaire. Après avoir expérimenté ces petites fraternités à Vichy il y a quelques années, il est revenu à Milan avec des Moulinois avant d’adopter éventuellement ce « mode de vie » paroissial.

De même, le Père Bertrand de Sentenac, 42 ans, raconte, autour d’un repas, qu’il avait mis en place les cellules dans sa paroisse de Saverdun (Ariège). Désormais curé-doyen de Pamiers (Ariège), il participe cette fois au séminaire avec des fidèles de son nouveau secteur, afin de réfléchir à ce choix pastoral pour leur communauté. « En attendant, explique tranquillement le jeune prêtre, le lendemain de mon arrivée à la cathédrale début juillet 2008, j’exposais le Saint-Sacrement à l’adoration des fidèles, de 6 h 30 à 18 h, six jours sur sept. Une paroisse missionnaire est avant tout une paroisse qui prie. »

Sa voisine de table, Béatrice, est envoyée par son curé pour se former dans l’éventualité d’appliquer la méthode des cellules dans leur paroisse de Bruxelles. Le Père Désiré Eliason, ivoirien, est aumônier des quatre mille étudiants africains à Tunis : « On cherche à mettre la structure des cellules au service de l’étude biblique qui existe déjà chaque semaine. Cette méthode est une proposition pour l’évangélisation et l’approfondissement de la foi ». Un projet soutenu par la communauté paroissiale d’Ossun (Hautes-Pyrénées).

Lors d’une séance de réponses aux questions, un laïc colombien précise : « Je suis ici pour surmonter les difficultés à implanter les cellules dans mon pays ». Le vicaire général de Lima (Pérou) a, lui, été envoyé au séminaire par son évêque pour étudier le système des cellules. De même, le Père Jean-Pierre Millet, vicaire général de Moulins : « Dans l’urgence de l’évangélisation, je suis venu pour voir ». Ces deux-là sont très enthousiastes.

Pour un renouveau des paroisses

« La situation actuelle de beaucoup de paroisses sollicite un renouveau plus décidé de leur part. Pour qu’elles soient de vraies communautés chrétiennes, on doit favoriser les petites communautés ecclésiales », rappelle-t-on aux participants lors d’un enseignement, en se référant à Jean-Paul II, dans son exhortation apostolique publiée en 1988 sur la vocation et la mission des laïcs dans le monde, Christi fideles laici (n° 26).

L’expérience des cellules s’appuie en effet sur l’appel du pape polonais à renouveler l’évangélisation dans sa ferveur, ses méthodes, et ses expressions. À l’aube du IIIe millénaire, cette expérience rejoint celle des premières communautés apostoliques décrites dans les Actes des Apôtres : « Les chrétiens étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières ».

La cellule, un sas vers l’Église ? « Dans la pastorale ordinaire, on rend des services (mariage, baptême, etc.) aux gens qui viennent nous voir, puis on leur dit au revoir, car on n’a pas les moyens de les accueillir vraiment, explique le Père Arnaud Adrien, responsable des cellules francophones. Alors, les cellules deviennent des lieux d’accueil, de fraternité, qui vont pouvoir intégrer ces personnes que la pastorale ordinaire ne fait que rencontrer. Les cellules permettent à la pastorale ordinaire de devenir missionnaire. »

Cela nécessite non seulement que le curé soit décidé à mettre en place les cellules, mais l’ensemble de sa pastorale doit aussi avoir le désir de devenir missionnaire : « Les cellules ne sont pas un mouvement ; elles ne sont pas une activité de plus parmi d’autres, ajoute le Père Adrien : elles constituent une communauté chrétienne accueillante ».

Les participants du séminaire ont pu voir en la paroisse milanaise de Sant’Eustorgio un exemple de l’efficacité du système des cellules : les familles ont ouvert leur maison à près de cent soixante personnes ; quatre cents paroissiens ont assumé joyeusement et généreusement, en plus de l’organisation du séminaire, tous les services qui lui sont liés : repas, transports, traductions simultanées, liturgie, support informatique (vidéo en temps réel), propreté, etc. Surtout, ils ont porté dans la prière cet événement.

L’exemple de Sant’Eustorgio

« Le fait de vous recevoir ce soir est vraiment l’expression de l’amour de Dieu que rien n’arrête. Merci ! », s’enthousiasme Avelda. Dans son appartement décoré avec art et sobriété, la cellule n° 67 se réunit comme chaque semaine. À l’occasion du séminaire, elle accueille des Français. « J’avais arrêté pour des raisons de santé, puis je suis revenue grâce à une cellule qui s’est arrangée pour se réunir chez moi, explique Rosa, 87 ans. J’en suis heureuse, car je m’endormais spirituellement. » « Merci, Seigneur, de me donner pour la vingtième fois la possibilité de participer au séminaire ! prie Enrico, 87 ans. Je remercie l’Esprit Saint d’avoir donné à l’Église de faire sienne cette méthode. » Ces deux « jeunes gens » font partie des quarante premiers membres des cellules de Sant’Eustorgio.

En 1987, à l’appel de leur curé, Don Piergiorgio Perini (voir interview ci-contre), ils se sont engagés à faire de leur paroisse une communauté de foi ardente et dédiée à l’évangélisation. Aujourd’hui, elle comporte environ cent cinquante cellules. Et, comme par contagion, l’expérience s’est répandue en Italie et à l’étranger. Un rayonnement favorisé par les séminaires internationaux annuels que la paroisse milanaise organise.

Cette expérience, le Conseil pontifical pour les laïcs l’a reconnue officiellement le 29 mai 2009, ad experimentum pour cinq ans. Il a approuvé les statuts de l’Organisme international de service des Cellules paroissiales d’évangélisation, confirmant que cette méthode est au service des paroisses du monde entier dans leur mission d’évangélisation.

Ce soir, dans la cellule n° 67, comme dans toutes les cellules de Sant’Eustorgio, Don Piergiorgio rappelle, dans un enseignement enregistré, qu’il s’agit d’enflammer le monde : « Si toutes les paroisses du monde réussissaient à recommencer à brûler d’amour pour Jésus et pour l’annonce de son Salut, le monde serait certainement différent ».

Voir en ligne : Source : article sur Famille Chrétienne