Marie, Regina Coeli

Père Amaury Sartorius, curé de Sainte-Jeanne d’Arc à Versailles

L’antienne mariale Regina Coeli est chantée de Pâques à la Pentecôte. Redécouvrons les origines et le sens de ce chant à Marie

L’omniprésence de l’Alleluia reflète la joie de la résurrection. Son origine est méconnue ; elle apparaît dans les livres liturgiques à partir du XII° siècle comme antienne mariale du soir, mais remonte aux premiers siècles. En 1742, le pape Benoît XIV demande qu’elle remplace la prière de d’angélus pendant le temps pascal.

Regina coeli, laetare, Alleluia
Quia quem meruisti portare, Alleluia
Resurrexit sicut dixit, Alleluia.
Ora pro nobis Deum, Alleluia

Reine du Ciel, réjouissez-vous, Alléluia
Car celui que vous avez mérité de porter, Alléluia
Est ressuscité comme il l’a dit, Alléluia.
Priez Dieu pour nous, Alléluia

De la joie de l’Annonciation à la joie de la Résurrection

Le sens du texte proprement dit est donné par les trois premières lignes. La dernière est une invocation rituelle. Le cœur du message est la résurrection : « Il est ressuscité comme il l’a dit » rappelle l’insistance des Evangiles sur la réalisation des écritures.
Un deuxième élément caractéristique est la joie : « laetare ». Ce verbe correspond au grec « χάιρε » que l’on peut aussi bien traduire par « réjouis-toi » en son sens littéral que par la salutation « Je vous salue », nous rappelant ainsi la salutation angélique. L’Alleluia entrelacé avec le texte confirme cette joie.

Nous touchons maintenant le sens profond du texte : la référence à l’Annonciation (que nous avons fêtée cette année avec un certain retard le 31 mars) est explicite : « quem meruisti portare ». Or l’incarnation comporte déjà le don de Dieu dans la passion du Fils. Il n’y a pas d’antinomie entre la gravité de la passion et la joie de la résurrection, mais seulement l’idée que la joie de Marie à l’Annonciation est déjà une participation au plan de salut divin. Marie est donc bien « Reine du Ciel » en étant la première à être associée au mystère du salut.

Dans notre joie pascale, Marie a donc toute sa place en tant que celle qui accompagne son Fils et qui témoigne de sa Résurrection plus que tout autre.