La vérité, facteur de croissance fraternelle

Père Laurent Roudil, curé de la paroisse de Modane

Il est audacieux dans une société marqué par le relativisme d’affirmer que la vérité est un lieu d’édification pour la communauté humaine. Le relativisme nous dit que la vérité est relative à chacun. Benoit XVI qualifiait ce type de courant comme une nouvelle dictature, « la dictature du relativisme. »

Quand nous faisons mémoire de l’histoire sainte, nous découvrons une évolution du peuple d’Israël à partir de l’étape du mont Sinaï. En ce lieu, Moïse reçoit les dix commandements divins. Ils indiquent dans le contexte de la libération du peuple de sa servitude en Egypte, les conditions d’une vie libérée de l’esclavage du pêché. Le décalogue ou les 10 commandements sont un chemin de vie pour l’homme.


« Si tu aimes ton Dieu, si tu marches dans ses voies, si tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu te multiplieras. »

Deutéronome 30,16

Jésus bien loin d’abolir la Loi divine, va manifester la force de l’Esprit à l’œuvre et déployer toutes les exigences des commandements : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras… Eh bien ! Moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal. » (Mathieu 5,21-22).

Nous allons nous arrêter sur le 8° commandement : « Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain. » Ex. 20,16. et voir en quoi ce précepte divin est indispensable pour la croissance de l’amour fraternel.
Ce commandement interdit de travestir la vérité dans les relations avec autrui. Pourquoi ? Ce commandement vient de Dieu parce que Dieu est Vérité. Jésus en se révélant comme Dieu Lui-même, dit sur Lui-même, en répondant à une question de St Thomas : « Je suis la vérité » (Jean 14,6) ; Il veut que son peuple soit saint comme lui : « Soyez saint comme moi, je suis saint » et qu’il vive donc en vérité.

Lorsque les hommes ne vivent plus dans cet ordre voulu par Dieu, par des paroles ou des actes, ils ne sont plus dans la rectitude morale et offensent gravement Dieu dans son alliance avec son peuple.
St Paul dans sa lettre aux romains argumente sur la vérité en Dieu en disant ceci : «  Il faut que Dieu soit véridique et tout homme menteur  » (Romains 3,4). Sa réflexion nous conduit à être humble, Dieu seul est la vérité absolue et nous sommes en chemin vers la vérité de Dieu. Nous ne la possédons pas, nous la recevons par Jésus-Christ. C’est en Lui que la vérité se manifeste tout entière :«  Plein de grâce et de vérité  » Jean 1,14.
Comment en ce Dieu qui n’est que vérité pourrait-Il sortir du mensonge et de l’erreur ? Sa Parole, sa Loi n’est que vérité en elle-même et pour les hommes de tout les temps. Il n’y a pas d’époque, de culture, de mentalité où cette Parole divine ne peut construire la société des hommes dans des rapports fraternels et vrais. Vivre dans une société où la vérité devient relative à quelques personnes qui au nom de leur vérité travestissent le vrai en faux devient une société où la confiance n’existe plus. L’homme se trompe finalement à lui-même et trompe son prochain.
Des promesses ? Les hommes en font des milliers par jour. Peuvent-ils les réaliser ? Peu y parviennent ! « Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir, puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas » Romains 7,18-19. Seulement Dieu dans sa Parole est capable absolument de réaliser ce qu’Il dit : « Sa fidélité demeure d’âge en âge » psaume 119.
Cependant, l’homme n’est pas condamné à vivre pour toujours dans le mensonge et l’incapacité de réaliser ses engagements. Le Père a envoyé son Fils Jésus-Christ pour qu’il puisse vivre dans la vérité et qu’il soit libre. Le mensonge rend esclave, la vérité libère le cœur de l’homme.
Ecoutons le discours de Jésus aux juifs qui croyaient en Lui : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera » (Jean 8,31-32). Devenir disciple de Jésus, c’est vivre de sa Parole qui est vérité et qui conduit peu à peu sur le chemin de la libération. Nous avons en nous beaucoup de pensées qui nous rendent captifs dans le mensonge.

Quels sont ces chemins qui nous tiennent prisonniers ?

  • Le faux témoignage et le parjure, le manque de respect de la réputation de son prochain par le jugement téméraire : Il faut toujours vérifier avec prudence ce qui se dit sur son frère avant de porter un jugement sur l’acte. En aucun cas, il ne faut juger la personne. Laissons à Dieu, Lui qui voit le cœur des hommes, ce droit de la juger.
  • La médisance : combien de discours sans raisons valables sont prononcés sur son prochain à d’autres qui ignorent les défauts et les fautes d’autrui ?
  • La calomnie : c’est dire quelque chose de faux sur son prochain.
    En ce temps de conversion et de pénitence, nous sommes invités à vivre en disciple de Jésus, à renoncer à toutes expressions allant à l’encontre de la vérité : jugement téméraire, médisance, calomnie mais aussi à un degré moindre : la flatterie, adulation ou complaisance qui encourage par amitié son prochain dans sa malice ; la vantardise, l’ironie, le mensonge, la duplicité, la simulation et l’hypocrisie. A garder dans la discrétion les partages confidentiels au sein d’un groupe comme les rencontres des cellules paroissiales d’évangélisation.
    Nous sommes tenus vis-à-vis de tout homme à la charité et à la vérité. Engageons-nous plutôt « à interpréter autant que possible dans un sens favorable les pensées, paroles, et actions » (catéchisme de l’Eglise catholique) de notre prochain.

St-Ignace de Loyola avait cette belle expression :


« Tout bon chrétien doit être plus prompt à sauver la proposition du prochain qu’à la condamner. Si l’on ne peut la sauver, qu’on lui demande comment il la comprend, et s’il la comprend mal, qu’on le corrige avec amour ; et si cela ne suffit pas, qu’on cherche tous les moyens adaptés pour qu’en la comprenant il se sauve. »

Crédits photo : merci à Berna Lopez dont vous pouvez découvrir l’œuvre sur evangile-et-peinture.org