La relation d’aide Mireille Robinson, psychiatre

Mireille Robinson, psychiatre

En cellule, apprenons à cultiver la vertu de pauvreté, à recevoir de l’aide et à en donner dans un même esprit de pauvreté.

Diffuser le sens de l’aide fraternelle en cellule

Dans les cellules, faisons en sorte que ce ne soit pas toujours les mêmes, leader compris, qui viennent en aide aux autres. L’amour fraternel n’implique pas seulement d’être à l’écoute des besoins de l’autre mais aussi de savoir se laisser aider, se rendre dépendant. Il serait très préjudiciable que ce soit toujours les mêmes qui apportent conseils, soutien et aide concrète. Or, il est souvent plus facile d’apporter de l’aide que de reconnaître que nous avons aussi besoin d’être soutenus, encouragés, voire aidés par un service matériel. Il ne s’agit pas là que d’équilibre de rapports psychologiques des uns avec les autres mais d’une attitude profondément spirituelle. Il nous faut découvrir notre propre pauvreté pour pouvoir aider l’autre sans l’humilier.

Etre semblable à Dieu

Voyez comment Dieu lui-même, sauveur de l’humanité, s’est fait pauvre et dépendant. A cause de l’incarnation, il est passé par l’extrême dépendance du nouveau-né, il a eu besoin d’être lavé, changé, nourri, dorloté, réchauffé. Plus tard, à l’âge adulte il ne craint pas de demander un service à une femme et qui plus est à une Samaritaine : « Donne -moi à boire » (Jean 4-7). A ce « donne–moi à boire » correspond d’ailleurs comme en écho son cri sur la croix : « J’ai soif. » Cri qui s’adresse à l’humanité tout entière. C’est donc la vertu évangélique de pauvreté qu’il nous faut cultiver afin d’apprendre à recevoir de l’aide pour mieux pouvoir en donner.

Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le royaume des cieux est à eux.
Mathieu 5, 3

Adopter une attitude de pauvreté

Ainsi se purifie tout ce qu’il peut y avoir d’esprit de supériorité et de domination dans le fait de prodiguer de l’aide. Ensuite, lorsque l’un d’entre nous est dans la détresse ou dans le besoin il va nous falloir apprendre à nous taire dans un premier temps pour mieux l’écouter. L’aider à exprimer sa demande par une attitude d’accueil qui passe par le regard, le sourire et l’attention silencieuse en veillant à ne jamais être condescendant mais en s’adressant à l’autre de personne à personne. Que dans nos rapports d’aide nous soyons toujours conscients que c’est un pauvre qui s’adresse à un ou à d’autres pauvres. Nous éviterons ainsi bien des sources de division, de conflits et de luttes pour le pouvoir.

Crédit photo : Berna Lopez - evangile-et-peinture