La pédagogie des cellules : annoncer avec justesse et audace le kerygme

Conférence du Père Arnaud Adrien - le 26 novembre 2010 à Sanary-sur-mer

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Le plus beau témoignage se révélera à la longue impuissant, s’il n’est pas éclairé, justifié - ce que Pierre appelait donner « les raisons de son espérance » ’(1P 3,15) - explicité par une annonce claire, sans équivoque, du Seigneur Jésus. La Bonne Nouvelle proclamée par le témoignage de vie devra donc être tôt ou tard proclamée par la parole de vie. Il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth Fils de Dieu ne sont pas annoncés (Evangelii Nuntiandi 22).

Le plus beau témoignage se révélera impuissant affirme Paul VI s’il n’est pas accompagné par une annonce claire, sans équivoque du Seigneur Jésus.

Ce risque d’impuissance doit nous effrayer car nous n’avons aucune envie de nous prêcher nous mêmes, aucune envie d’attirer sur nous les louanges dues à notre charité. Nous savons trop qu’elle a une origine. Nous savons bien que nous sommes incapables de cette gratuité qui ouvre les cœurs au Royaume, si nous ne l’avions reçu de l’Esprit de Jésus lui-même. A lui seul la gloire pour les siècles des siècles.

Il faut donc que le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth Fils de Dieu soient annoncés. C’est ce désir qui nous meut, qui nous enthousiasme, qui nous renouvelle, qui crée même un appel à tout quitter, à nous consacrer à cette annonce et qui nous rassemble aussi ce soir des quatre coins de la France et de l’Allemagne.
Annoncer Jésus devient la préoccupation première de notre esprit.
Notre imagination, notre volonté, notre sensibilité, notre intelligence vont être mobilisées. « Aimer Jésus et le faire aimer » disait Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus. Voilà qui rend compte de notre vie.
Le faire connaître, le faire aimer à la manière des apôtres puisqu’ils furent les premiers choisis pour être avec lui et envoyés aux extrémités de la terre.
Ils l’annoncèrent, lui, remplis de l’Esprit de pentecôte avec la seule force du Nom de Jésus pour susciter la foi en Lui.
Nous connaissons ce passages des Actes où Pierre guérit un infirme :
Pierre dit : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, marche ! » Et le saisissant par la main droite, il le releva. A l’instant ses pieds et ses chevilles s’affermirent ; d’un bond il fut debout, et le voilà qui marchait. Il entra avec eux dans le Temple, marchant, gambadant et louant Dieu
A cette vue, Pierre s’adressa au peuple : « Hommes d’Israël, pourquoi vous étonner de cela ? Qu’avez-vous à nous regarder, comme si c’était par notre propre puissance ou grâce à notre piété que nous avons fait marcher cet homme ? Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son serviteur Jésus que vous, vous avez livré et que vous avez renié devant Pilate, alors qu’il était décidé à le relâcher. Mais vous, vous avez chargé le Saint et le juste ; vous avez réclamé la grâce d’un assassin, tandis que vous faisiez mourir le prince de la vie. Dieu l’a ressuscité des morts : nous en sommes témoins. Et par la foi en son nom, à cet homme que vous voyez et connaissez, ce nom même a rendu la force, et c’est la foi en lui qui, devant vous tous, l’a rétabli en pleine santé. (Actes 3,6-16)

Nous voyons que le but des apôtres est de susciter la foi, la foi dans la mort de Jésus pour nos péchés et la foi en sa résurrection.
Car la foi sauve : Rm10,9 : « En effet si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. »

Si la foi sauve comment l’obtenir ?

Comment permettre que d’autres l’accueillent ? La foi vient de l’écoute de la parole proclamée. Arrêtons-nous un instant avec le père Cantalamessa sur ce point. C’est une réalité originale.
Tout ce que réalise l’homme part de lui.
L’art naît de l’inspiration, la philosophie du raisonnement, la technique du calcul et de l’expérimentation. Seule la foi naît de l’écoute.
En tout ce qui vient de l’homme, il y a d’abord la pensée puis la parole mais en ce qui vient du dehors de l’homme, de Dieu, c’est l’inverse. Au commencement il y a la parole et ensuite la pensée par laquelle on adhère. L’homme ne peut se donner à lui-même la foi.

Mais d’où vient la puissance que possède cette annonce « il est ressuscité », d’engendrer à la foi, vu qu’elle ne vient pas d’une démonstration historique ?
Cette puissance vient du fait lui-même qui est arrivé. L’événement est dans l’annonce. Il est porté par l’annonce et rejoint l’auditeur. Il est dans l’annonce, dans les paroles qui le transmettent et il devient lumière.
Comme Dieu est présent dans la création qui le dévoile si bien qu’ils sont inexcusables ceux qui ne croient pas, il est présent dans les choses qu’il a créées, il l’est aussi dans la Parole. Le Ressuscité est présent dans l’annonce du kérygme comme il est présent d’une manière analogue sous les aspects du pain et du vin.
Ainsi le kérygme est porteur de la présence du Christ et l’engendre dans les cœurs. Le Ressuscité est à l’intérieur de l’annonce.

Certes, l’annonce ne suffit pas puisqu’il faut l’adhésion du cœur de celui qui entend, mais l’annonce devient incontournable. Le témoignage de vie est insuffisant pour faire naître la foi. Tout disciple se doit de prendre le risque d’annoncer ce kérygme qui suscite la foi (…) Il devient important pour nous d’en avoir une idée claire pour pouvoir l’annoncer avec justesse et audace.

Vous en connaissez les différentes composantes :

  • L’amour de Dieu
  • Le péché
  • La mort et résurrection du Fils
  • La foi et la conversion
  • Le don de l’Esprit saint
  • L’Eglise

Je vais prendre quelques uns de ces thèmes seulement.
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L’Amour de Dieu

L’annonce préalable de l’amour de Dieu est évidemment incontournable.
L’Epitre aux Romains va tout de suite au cœur de la bonne nouvelle « A tous les bien-aimés de Dieu »
Comme à la fin d’une bataille ou d’une guerre quelqu’un court dans les villes et villages apporter l’essentiel de la nouvelle :« victoire » ou « ça y est »la paix est signée ».
A tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome,
aux saints par vocation,
à vous grâce et paix
de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ. (Rm 1,7)

ce message de l’amour premier de Dieu, nous le recueillons à travers trois grandes paroles :

  • Nous sommes les « bien-aimés de Dieu » (Rm 1,7)
  • L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs (Rm 5,5)
  • Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu (Rm 8,39).

Nous sommes les bien-aimés de Dieu

Il y a deux manières de comprendre l’expression amour de Dieu : l’amour de l’homme pour Dieu, l’amour de Dieu pour l’homme. La bible est nette : le don vient avant le commandement.

L’Ancien testament est déjà le lieu de la révélation de l’amour de Dieu :

Quand Israël était jeune, je l’aimai,
et d’Egypte j’appelai mon fils.
2 Mais plus je les appelais, plus ils s’écartaient de moi ;
aux Baals ils sacrifiaient,
aux idoles ils brûlaient de l’encens.
3 Et moi j’avais appris à marcher à Ephraïm,
je le prenais par les bras,
et ils n’ont pas compris que je prenais soin d’eux !
4 Je les menais avec des attaches humaines,
avec des liens d’amour ;
j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un
nourrisson
tout contre leur joue,
je m’inclinais vers lui et le faisais manger. (Osée 11,1-4)

Même devant l’infidélité persistance d’Israël, éclate l’amour paternel :

Mon peuple est cramponné à son infidélité.
On les appelle en haut,
pas un qui se relève !
8 Comment t’abandonnerais-je, Ephraïm,
te livrerais-je, Israël ?
Comment te traiterais-je comme Adma,
te rendrais-je semblable à Ceboyim ?
Mon cœur en moi est bouleversé,
toutes mes entrailles frémissent.
9 Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère,
je ne détruirai pas à nouveau Ephraïm
car je suis Dieu et non pas homme,
au milieu de toi je suis le Saint,
et je ne viendrai pas avec fureur. (Osée 11,7-9)
écoutons Jr 31,20
Ephraïm est-il donc pour moi un fils si cher,
un enfant tellement préféré,
que chaque fois que j’en parle
je veuille encore me souvenir de lui ?
C’est pour cela que mes entrailles s’émeuvent pour lui,
que pour lui déborde ma tendresse,
oracle de Yahvé.
L’amour du Seigneur est aussi maternel
Sion avait dit : « Yahvé m’a abandonnée ;
le Seigneur m’a oubliée. » 15 Une femme oublie-t-elle son petit enfant,
est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ?
Même si les femmes oubliaient,
moi, je ne t’oublierai pas. 16 Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains, (Isaïe 49,14-16)
Il prend aussi la coloration de l’amour du fiancé
On ne te dira plus : « Délaissée »
et de ta terre on ne dira plus : « Désolation. »
Mais on t’appellera : « Mon plaisir est en elle »
et ta terre : « Epousée. »
Car Yahvé trouvera en toi son plaisir,
et ta terre sera épousée. 5 Comme un jeune homme épouse une vierge,
ton bâtisseur t’épousera.
Et c’est la joie de l’époux au sujet de l’épouse
que ton Dieu éprouvera à ton sujet. (Isaïe 62,4-5)

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« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs »(Rm 5,5)

Entre être aimés de Dieu et Rm 5,5, il y a un saut de qualité car « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit saint qui nous a été donné ».
Deux obstacle nous séparaient de Dieu : la nature et le péché. Il a pris notre nature et nos péchés, maintenant l’Esprit peut venir.
Cette venue nous rend participants de la nature divine (2P1, 4)
Dieu est devenu la vie de mon âme, la vie de ma vie, plus intime à moi-même que moi-même.. Nous par grâce nous possédons Dieu.

Rien ne peut nous séparer de Dieu

Vous connaissez les nombreuses détresses de Paul
Il dira : Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ? 36 Selon le mot de l’Ecriture : à cause de toi, l’on nous met à mort tout le long du jour ; nous avons passé pour des brebis d’abattoir. Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur (Rm 8, 35-39).
Il m’a aimé et s’est livré pour moi (Gal 2,20).

Tous ont péché

Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu (Rm 3,23)
Il faut arriver à cette confusion que ressent David quand le prophète Nathan lui dit : cet homme c’est toi (2S 12,1).
Yahvé envoya le prophète Natân vers David. Il entra chez lui et lui dit :
« Il y avait deux hommes dans la même ville,
l’un riche et l’autre pauvre. 2 Le riche avait petit et gros bétail
en très grande abondance. 3 Le pauvre n’avait rien du tout qu’une brebis,
une seule petite qu’il avait achetée.
Il la nourrissait et elle grandissait avec lui et avec ses
enfants,
mangeant son pain, buvant dans sa coupe,
dormant dans son sein : c’était comme sa fille. 4 Un hôte se présenta chez l’homme riche
qui épargna de prendre sur son petit ou gros bétail
de quoi servir au voyageur arrivé chez lui.
Il vola la brebis de l’homme pauvre
et l’apprêta pour son visiteur.« 5 David entra en grande colère contre cette homme et dit à Natân : »Aussi vrai que Yahvé est vivant, l’homme qui a fait cela est passible de mort ! 6 Il remboursera la brebis au quadruple, pour avoir commis cette action et n’avoir pas eu de pitié.« 7 Natân dit alors à David : »Cet homme, c’est toi ! …

Quand on nous parle du mal dans le monde comme raison de rejeter Dieu, il s’agit de montrer que chacun participe à ce mal. Et si la personne ne veut pas le reconnaître, on ne peut pas aller plus loin dans l’annonce du kérygme.
La personne n’est pas en mesure d’accueillir Celui qui porte le péché du monde.

Il a été mis à mort pour nos péchés

Nous avons à méditer sur la passion du Christ. Car elle peut nous convertir vraiment en voyant ce que l’Innocent a souffert.
Physiquement, des hommes ont pu souffrir plus que lui mais, en son âme, sa souffrance est incomparable.
Toute la haine du monde contre Dieu, la luxure, l’orgueil, le refus de l’amour proposé se sont concentrés sur le fils, ont pesé sur le Fils qui a tout ressenti dans ses fibres et nous, n’imaginerons jamais assez le poids que cela représentait ; d’autant que cela signifiait en même temps un éloignement sidéral de Dieu.
Le Christ est devenu lui-même malédiction pour nous car il est écrit : maudit soit quiconque pend au gibet (Ga 3,13).
Maudit signifie abandon, vide, solitude, séparation d’avec Dieu, exclusion du peuple.
Jésus est véritablement devenu anathème, séparé de Dieu pour ses frères. Il a vécu cette situation au plus intime de lui-même. »Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Dans la bible, le silence de Dieu est un supplice car l’homme de foi vit de la parole que Dieu lui adresse. Alors il vit comme s’il descendait dans la fosse (ps28,1).
Ce silence est atroce pour Jésus qui vit de son lien avec son Pére.
Un père dans la foi disait au soir d’une journée de persécution : « comme ce fut dur, Ô Dieu, de supporter, ce jour là ton silence ».
Sur la croix Jésus supporte jusqu’au bout la rupture de l’homme avec Dieu. Cette rupture signifie l’enfer, la perte de Dieu : il est devenu sans-Dieu, l’athée non d’un athéisme coupable mais de peine. Cela pour expier l’athéisme coupable. ++++ Le kerygme est l’annonce d’un fait « il est mort » et d’une intention : « pour nous »
C’est en effet alors que nous étions sans force, c’est alors, au temps fixé, que le Christ est mort pour des impies ; à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir ; mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous (Ro 5,6-8).
Ce sont donc mes péchés qui l’ont crucifié.
Ecoutons Pierre dans sa première prédication :
Cet homme qui avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez pris et fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies (Ac 2,23).
Ces hommes-là n’étaient pas tous au calvaire mais ils en eurent le cœur transpercé.
Il faut que dans la vie de tout homme se produise ce tremblement de terre, cette prise de conscience : j’ai participé à la mise à mort de Jésus.
C’est mon péché qui pesait sur le cœur de Jésus au prétoire, c’est en y pensant qu’il se tait devant Pilate.
Le tentateur qui devait revenir à l’heure favorable montre au Christ le spectacle de chaque génération qui reste indifférente à ce drame du Fils de Dieu qui veut les sauver, à cet amour qui expie pour des gens qui s’en moquent. Et moi, est-ce que je continue à vivre comme si Jésus n’avait pas souffert pour moi ?

Le regard de Jésus transperce Pierre qui a trahi.
Et nous regarderons-nous celui que nous avons transpercé pour que son regard enfin nous transperce, lui aussi ?
Cette prophétie « ils regarderont celui qu’ils ont transpercé » s’est-elle réalisée pour nous ? Ou bien attend-elle encore de s’accomplir ?
Ma volonté veut-elle maintenant faire mourir en moi les œuvres du vieil homme, crucifier ses œuvres charnelles ?
Voilà le fruit de la méditation de la passion : vouloir faire mourir le vieil homme en nous.

La croix change alors d’aspect : elle n’accable plus, elle ne condamne plus, elle est au contraire un titre de fierté, une révélation du salut.
« Il n’y a plus maintenant de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus »
« Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ » Ga.6,14
Elle n’est plus folie ou scandale mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu.

++++ La résurrection du Christ : elle est la signature de l’amour du Pére pour son Fils et le signe de la victoire du Fils. La résurrection le faisant entrer avec son corps dans l’éternité, il n’y a plus de retour en arrière possible. La victoire est assurée.
La justification par la foi
Nous invitons maintenant la personne que nous évangélisons à poser un acte essentiel qui demande une humilité de fond : s’approprier la victoire du Christ sur le péché.

Qu’est-ce que la justification par la foi ? C’est un coup d’audace : ce que je ne peux obtenir par moi-même, je me l’approprie, je l’usurpe. Le christ a remporté le combat et moi, je revêts la couronne de gloire.
Nous pouvons refuser comme Pierre qui ne veut pas se laisser laver par Jésus. La réponse est claire : si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi.

Saint-Bernard dit : ce que je ne peux obtenir par moi-même, je me l’approprie (je l’usurpe) avec confiance du côté transpercé du Seigneur, car il est plein de miséricorde. Ainsi mon mérite c’est la miséricorde de Dieu. Je ne serai sûrement pas pauvre en mérites, tant qu’il sera riche en miséricorde… et qu’en est-il de ma justice ? Oh Seigneur, je ne me souviendrai que de ta justice.
Thérèse de l’enfant Jésus dira : « je désire être sainte, oh mon Dieu, mais je sens mon impuissance et je vous demande d’être vous-même ma sainteté ».
Nous nous approprions les mérites du Christ. Lui a lutté dans l’arène et nous, nous sommes couronnés de gloire.
Il y a en fait un grand sacrifice caché, si nous y faisons attention, car Dieu nous offre en Jésus une deuxième chance de salut après la première création. Il nous dit : veux-tu vivre grâce à lui, en lui ?
Et aussitôt, nous sommes une nouvelle création, plus belle que la première. Mais il faut tout lâcher. Ne plus s’appuyer sur soi, voilà le grand sacrifice.
Voilà le coup d’audace, s’approprier les mérites du Christ, conquérir ainsi la vie éternelle et le moyen de s’en emparer est de « croire ».
Ainsi la foi est une des plus belles inventions de la sagesse de Dieu. Par elle, le fini obtient l’infini, la créature, son Dieu.
Dieu a crée la liberté pour rendre possible la foi. Ce n’est qu’en elle que l’homme exerce pleinement sa liberté.
Et cette foi est toute puissante puisqu’elle nous donne Dieu : « Tout est possible à celui qui croit (Mc 9,23) car rien n’est impossible à Dieu » (Lc1,37).

La foi est sans cesse en croissance car Dieu n’a pas de limite. On pourra toujours croire davantage, passer d’un degré de foi à un autre, d’une foi fondée sur des signes à une foi sans signes.
Aussitôt que, par la foi, un croyant a surmonté tel obstacle, Dieu ne tarde pas à mettre devant lui un obstacle plus grand, toujours plus élevé jusqu’à lui demander l’humainement impossible : le saut dans l’inconnu afin qu’il avance toujours plus loin dans la connaissance , l’amour de Dieu et que sa gloire soit plus grande. Voilà le contenu fondamental du kerygme qu’il nous faut annoncer, au service duquel nous sommes pour susciter la foi de notre oïkos.

Crédits photo : Berna Lopez - evangile-et-peinture.org