La pédagogie de la vision selon Néhémie

Vivre dans l’esprit visionnaire est une caractéristique du chrétien mature : « Nous tous qui sommes des parfaits, c’est ainsi qu’il nous faut penser » (Philippiens 3, 15). A travers Néhémie, voyons comment adopter et développer une pédagogie du processus visionnaire qui soit progressive et adaptée à l’expérience des cellules paroissiales. La vision est intentionnelle et stratégique. Vision rime avec passion.

Dans la vision de Néhémie, on peut identifier 8 étapes :

  • 1. Accueillir la vision (Néhémie 1, 1-11)
  • 2. Définir la vision (Néhémie 2, 1-8).
  • 3. Communiquer la vision (Néhémie 2, 9-20).
  • 4. Réaliser la vision (Néhémie 3, 1-32).
  • 5. Faire face aux résistances (Néhémie 3, 33 – 4, 17).
  • 6. S’ajuster en cours de route (Néhémie 5, 1-19).
  • 7. Aller jusqu’au bout (Néhémie 6, 1-19).
  • 8. La fécondité de la vision (Néhémie 7-13). Une vision n’est jamais concurrente aux autres visions. La vision multiplie l’action de Dieu au cœur du monde.
    • Première étape : Néhémie est échanson du roi Artaxerxès. Il vit à Suse, capitale du royaume perse, située à 800 ou 900 km deJérusalem. Il reçoit la visite de son frère Ananie. Néhémie s’effondre en recevant ces informations. Profondément touché, il entre en prière. Au bout de quelques semaines, il se présente devant le roi sachant qu’il risquait sa vie.
    • Deuxième étape : Il définit la stratégie de la vision. La vision est intentionnelle. Si je veux atteindre tel objectif, je dois fixer des étapes de réalisation.
    • Troisième étape : Néhémie communique la vision. Néhémie arrive après 142 ans de murs détruits. Le problème, c’est qu’on s’habitue à des murs détruits. Il entraîne le peuple dans l’unanimité : « Levons-nous et bâtissons ! » (Néhémie 2, 18).
    • Quatrième étape : La réalisation de la vision. Il fait la description des murs dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Il faut noter la centralité théologique de la porte des brebis. Dans Jean 10, Jésus dit bien : « Je suis la porte des brebis ». c’est la porte par laquelle on faisait entrer les animaux du sacrifice.

Néhémie distribue le travail par de petites équipes, des cellules.

En gros, cela prendra, dans le cas de Néhémie, 8 mois pour vivre les 3 premières étapes et 52 jours pour réaliser la vision. (Néhémie 6, 15 : mois d’Elul, en 52 jours).

La prière et la méditation de la Parole

La prière est présente non pas seulement au début du processus visionnaire, mais à toutes les étapes, en particulier devant les problèmes qui surgissent dans la réalisation de la vision. La prière permet de se concentrer sur la vision et de ne pas se laisser distraire par les difficultés. Néhémie a compris que,plus il y a résistances, plus il y a opportunités à se concentrer sur la vision.

Quand la vision est accomplie, il y a fécondité : on assiste au réveil spirituel du peuple d’Israël (cf. chapitre 7 à 13).

Y a-t-il vraiment une vision dans le livre de Néhémie ?

Il n’a pas reçu une vision selon un mode extraordinaire de réception. Quand on lit Néhémie, où est la vision ? On peut parler d’un mode exceptionnel de réception de la vision. Mais avec Néhémie on doit parler d’un mode ordinaire de réception de la vision qui consiste à lire les signes des temps (les événements) à la lumière de la méditation de la Parole de Dieu.

Néhémie médite la Parole de Dieu. Il médite en particulier le chapitre 30 du livre du Deutéronome : la vision de Moïse à propos du peuple en exil.

En hébreu Moïse écrit : « Si tu reviens à l’intérieur de toi, (…) si tu reviens au Seigneur ton Dieu, (…) le Seigneur te fera revenir. »
Deutéronome 30, 1-5

La vision naît et surgit dans cette double lecture des événements et de la Parole de Dieu.

En vertu de notre baptême et de notre union au Christ Prophète, nous sommes invités à lire les événements et à lire la Parole de Dieu pour faire surgir de nos cœurs la vision. On a la confirmation que Néhémie a reçu la vision : Ce que Dieu m’avait mis au cœur de faire pour Jérusalem Néhémie 2, 12 Il reçoit la vision pour agir et permettre au peuple d’Israël un renouveau spirituel.

Proverbes 29, 18 : « Sans vision, le peuple périt ». Autres traductions : « le peuple se désagrège », « le peuple est sans frein ».

Il ajoute : « heureux l’homme qui écoute la Parole de Dieu ». Le paradoxe de la vue et de l’ouïe : la parole de Dieu nous fait voir.

Sans vision, nous sommes dirigés par :

  • la culpabilité
  • le ressentiment
  • la peur
  • le matérialisme
  • le besoin d’être approuvé

Par contre, la vision :

  • donne un sens, une direction à notre vie, à notre engagement ecclésial
  • nous simplifie la vie
  • nous incite à faire les bons choix
  • nous permet de nous concentrer sur la volonté de Dieu
  • nous donne d’agir avec efficacité
  • nous donne des critères pour évaluer notre agir
  • motive notre vie
  • etc.

Il est bien de relire comment Paul a vécu le processus visionnaire dans sa mission d’évangélisateur : lire Philippiens 3, 12-17. Dans l’expérience des cellules paroissiales d’évangélisation, nous sommes invités à adopter ce processus visionnaire.