La communion fraternelle est Bonne Nouvelle

Père Laurent Roudil - Curé de la paroisse de Modane

La communion fraternelle est un aspect prioritaire de la vie chrétienne, nous ne pouvons pas la mettre en option. Posons-nous la question : nos cellules paroissiales vivent-elles bien cette communion fraternelle, que reflètent-elles autour d’elles ? Dans la communauté chrétienne, dans la société civile, les gens extérieurs en nous voyant sont-ils amenés à dire : « voyez comme ils s’aiment » ? Est-ce que nous donnons le goût, l’exemple aux autres de vivre dans l’amour du Christ pour nous ?

La communion fraternelle dans les premières communautés

Nous allons contempler l’action de l’Esprit-Saint dans la 1è communauté chrétienne. Nous lisons ceci dans les actes des apôtres (Actes 2,42-47) : « Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun … »
Ils vivaient entre eux dans une communion fraternelle intense non seulement sur le plan spirituel, doctrinal mais aussi matériel : « Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous selon les besoins de chacun. »
Nous comprenons mieux le sens du partage des biens spirituels, mais aussi matériels comme par exemple le don régulier financier. Ce mode d’expression est tiré de l’exemple de vie des premiers chrétiens. Il est évident que la communion entre nous ne peut pas rester uniquement en paroles, elle doit aussi se rendre visible et matérielle.
La communion fraternelle vécue authentiquement est un témoignage visible pour ceux qui sont à l’extérieur de l’Eglise. Saint-Luc termine son passage au verset 47 par cette phrase : « Tous les jours, le Seigneur faisait entrer dans la communauté ceux qui étaient appelés au salut. »
La manière de vivre des chrétiens plaisait au Seigneur. Le Seigneur faisait don à la communauté chrétienne tous les jours de nouveaux disciples.

De ce rapport à la manière dont le Christ nous a aimés, dépend aussi la fécondité et la croissance numérique de nos cellules et de nos communautés paroissiales.

Construire la communion fraternelle en Dieu

Cependant , soyons bien vigilants à construire la communion fraternelle comme le Christ nous l’a enseignée.
Nous savons bien que la fraternité peut être déviée . La Bible nous l’enseigne.

  • Génèse 4,1-16. Caïn tue son frère Abel. Les hommes s’unissaient dans le mal.
  • Génèse 6, 5 « Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée. »
    L’histoire du déluge n’a pas été une leçon suffisante pour les hommes. Ils se sont unis de nouveaux pour construire la tour de Babel (Génèse 11,1-9. v. 4) : « Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! »
    Dans les villes antiques de Mésopotamie, les hommes construisaient des tours comme moyen pour rencontrer leurs dieux. L’auteur sacré nous montre à travers ce récit la manifestation de l’orgueil insensé. L’homme cherche à défier Dieu et à s’égaler à Lui. « Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux » (Génèse 3,5). La tentation du serpent du jardin se renouvelle. A la suite d’Eve et d’Adam, l’homme est tenté de s’élever au niveau de Dieu.
    Cette fraternité est orgueilleuse. L’homme finit par se diviser et se disperser, c’est ce qui est décrit après la construction de la tour de Babel : « Aussi la nomma-t-on Babel, car c’est là que le Seigneur confondit le langage de tous les habitants de la terre et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la face de la terre » (Génèse 11,9).
    A chaque génération, les hommes construisent leur propre tour de Babel qui les emmène à se diviser, à s’écraser, à s’entretuer, à ne pas se comprendre car chacun essaie d’être au dessus de l’autre. Cette société fraternelle ne peut pas fonctionner. Construite par elle-même, elle est vouée à sa mort.

La communion trinitaire, modèle de communion fraternelle

La communion fraternelle dont parlent les actes des apôtres, prend sa source dans une autre communion, celle de la Trinité. « La grâce de Jésus-Christ notre Seigneur , l’amour de Dieu le Père , et la communion de l’Esprit-Saint soient toujours avec vous tous ! » 2 Corinthiens 13,13 . C’est dans cette communion de l’Esprit-Saint que le célébrant invite tous les chrétiens rassemblés à entrer dans la messe. La communion fraternelle est d’abord un don d’amour gratuit de la Trinité.
L’invitation à entrer dans la vie divine n’est pas seulement individuelle , chacun pour soi , mais plus fortement dans une communion de tous les croyants. C’est l’Esprit-Saint par son action qui réalise cette communion vraie entre les hommes. La communion des Trois Personnes divines devient le modèle de communion entre les croyants : Jésus dit « Qu’ils soient un, comme nous sommes un » (Jean 17,21-22).

Benoit XVI dit : « Cette vie de communion avec Dieu et entre nous est la finalité propre de l’annonce de l’Evangile, la finalité de la conversion au christianisme. »
Saint-Jean va le dire avec ses mots dans sa 1è lettre 1,2.


« Ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé, nous vous l’annonçons à vous aussi pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. »

Pour conclure cet approfondissement sur la communion fraternelle, lorsque la communion avec Dieu est rompue, la communion fraternelle est aussi brisée, car elle n’est plus alimentée à sa source. Elle est tarie comme une rivière dont la source ne sort plus. Là où la communion fraternelle n’est pas vécue, la communion avec le Dieu trinitaire n’est pas vivante et vraie, mais une relation purement extérieure.

La double communion entre Dieu et entre nous est inséparable

Le sommet de cette double communion divino-fraternelle est vécue au sacrement de l’Eucharistie. En ce sacrement, Jésus nous nourrit et nous unit au Père et à l’Esprit et entre nous. Jésus déploie en chaque Eucharistie une sorte de réseau de connexions qui embrasse le monde entier. Cette fraternité de source trinitaire reflète ici-bas la communion des saints au Ciel. Elle va agir avec force pour nous faire sortir de nos solitudes, des repliements sur nous-mêmes et nous ouvrir le cœur à l’amour de Dieu et entre nous, comme le soleil ouvre les premiers pétales des fleurs au printemps. Sans ce don de l’unité fait par l’Esprit-Saint, le déchirement de l’humanité est inévitable.
La communion avec Dieu et entre nous devient donc le chemin inévitable de la Bonne Nouvelle.
Elle est le remède donné par le Seigneur pour lutter efficacement contre la solitude et l’isolement qui nous menacent tant aujourd’hui. Dans la communion trinitaire, nous nous sentons accueillis et aimés par Dieu et par nos frères et sœurs. Ainsi ensemble, nous formons dans le Christ un seul Corps .


« Mais si nous marchons dans la lumière , nous sommes en communion les uns avec les autres. »

1 Jean 1, 67

Les cellules paroissiales, malgré les faiblesses de ses membres, sont un don fait par le seigneur aux paroisses pour rendre l’amour du Christ proche de tous les hommes. En vivant cette communion en Dieu et entre nous , nous reflétons toujours mieux la lumière du Christ reçu lors de notre baptême.
Que la Vierge Marie nous guide toujours mieux sur ce chemin de la communion des hommes en la Trinité.