L’oïkos, un principe fondamental

Père Bogdan BRZYS

Parmi les principes fondamentaux du système des cellules paroissiales d’évangélisation, il s’en trouve un de particulièrement important : l’oïkos. De la bonne compréhension de ce qu’est l’oïkos et d’une application correcte de ce principe dans le processus d’évangélisation dépendent la bonne « santé », la vie et la croissance des cellules. C’est pour cela qu’il nous faut de temps en temps, réfléchir et partager sur ce sujet. Voici une sorte d’abrégé, résumant ce qu’il faut savoir sur l’oïkos. Ecoutez la présentation MP3

  • 1. Que signifie le mot grec oïkos ?

Le mot oïkos en grec ancien signifie « maison » ou « maisonnée ». En Grèce antique chaque personne était rattachée à un oïkos, un ensemble de biens et d’hommes rattachés à un même lieu d’habitation et de production, une « maisonnée ». Il s’agit à la fois d’une unité familiale élargie – des parents aux esclaves – et d’une unité de production agricole ou artisanale.

  • 2.Est-ce qu’on trouve ce terme dans la Bible ?

Dans le Nouveau Testament ce terme apparaît souvent dans le contexte de partage de grâces reçues dans la rencontre avec le Christ ou un apôtre. Par exemple Jésus dit à Zachée, chef des publicains : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison (oïkos) » (Lc 19,9). Lorsque Jésus guérit le fils d’un fonctionnaire royal nous apprenons qu’il crut, avec tous les gens de sa maison (oïkos) (Jn 4,53). Le centurion Corneille reçoit l’Esprit Saint avec tous les gens de sa maison (oïkos) (Ac 10)

  • 3.Quel est le rôle de l’oïkos dans l’évangélisation des premiers siècles ?

Pendant les trois premiers siècles, il n’y avait pas d’églises (bâtiments). C’est donc la maison « élargie » qui était le lieu unique de la vie chrétienne et de la transmission de la foi. Si, comme l’atteste la Bible, « le nombre des disciples se multipliait fortement » (Ac 6, 7) et cela malgré les persécutions, c’est parce que les premiers chrétiens exploitaient efficacement la seule « méthode » d’annonce et de partage de foi que le pouvoir en place n’avait pas le moyen d’interdire : c’était l’utilisation des relations déjà existantes avec leurs proches, amis et connaissances.

  • 4.Quels rapports entre cellules et oïkos ?

Les cellules tentent d’appliquer aujourd’hui la même méthode d’évangélisation dans l’oïkos. Le système des cellules est fondé sur une conviction, qu’au lieu d’inventer de nouvelles méthodes d’évangélisation, il vaut mieux appliquer celles qui ont déjà prouvé leur efficacité à l’époque de l’extraordinaire croissance de l’Eglise et qui en plus possèdent de solides bases scripturaires.

  • 5.Pourquoi il faut une « liste d’oïkos » et comment faire ?

L’oïkos signifie le groupe de personnes avec lesquelles nous entretenons des relations régulières. Dans ce groupe, nous pouvons identifier quatre catégories de personnes : 1) membres de la famille, 2) voisins, 3) collègues de travail et 4) amis. Dans la plupart des cas, nous n’avons pas à choisir ces personnes, car c’est Dieu qui les a déjà choisies pour nous et données à aimer. Faire une liste d’oïkos ne signifie donc pas choisir son oïkos, mais plutôt de le visualiser ou autrement dit, l’identifier. Cette liste peut comporter entre cinq et quinze personnes. Ecrire leurs noms, par exemple, sur le verso d’une image, nous aide d’abord à ne pas les oublier dans la prière quotidienne, mais aussi nous donne une occasion de réfléchir sur leur ordre dans la liste. Il est conseillé de mettre en tête de liste, la personne, ou les personnes, qui semblent être le plus éloignées de l’Eglise afin de concentrer sur elles notre désir de les emmener vers le Christ et notre effort d’évangélisation. Suivons l’exemple du bon berger qui ne part pas chercher quatre-vingt-dix-neuf brebis à la fois, mais une seule, précisément celle qui s’est perdue (Lc 15, 4-6).

  • 6. Comment évangéliser son oïkos ?

L’expérience des cellules, consiste à appliquer le processus d’évangélisation construit en trois étapes : 1) prière 2) service. 3) annonce. Il ne faut pas oublier l’ordre et l’articulation entre ces trois étapes. L’annonce ne doit jamais précéder la prière et le service. La prière doit s’exprimer dans l’attitude de service. D’autre part un serviteur de l’évangile ne peut pas se passer de la prière qui est la racine cachée de toute mission et de toute évangélisation. Une heure d’adoration eucharistique par semaine est pour les membres des cellules, un lieu privilégié de ce travail « en amont ». L’inspiration des cellules paroissiales est enracinée principalement dans l’adoration eucharistique. La dernière étape sur ce chemin de prière, de service et d’annonce sera l’invitation de notre oïkos à découvrir la cellule et à travers elle, intégrer la communauté paroissiale.

  • 7. Comment partager sur l’oïkos dans la cellule ?

Le partage après la louange, doit porter essentiellement sur deux thèmes : 1° Ce que Jésus a fait pour moi et mes frères et 2° Ce que j’ai fait pour Jésus et mes frères » et doit être, dans la mesure du possible, toujours orienté par l’oïkos. Une autre façon de poser la question pourrait être : « En quoi tout ce qui m’est arrivé cette semaine, en quoi cet événement, cette rencontre ou cette conversation, était pour moi une occasion pour évangéliser dans l’oïkos ? ». C’est précisément sur ce point que nous pouvons voir une différence entre une cellule et un groupe de prière, où la perspective missionnaire n’est pas systématiquement aussi bien marquée.

  • 8. Où trouver un soutien dans les combats et difficultés ?

Lorsque nous évangélisons, nous ne sommes alors pas seuls mais soutenus par la cellule. Chaque semaine il se crée un « va et vient » entre ce que je vis avec mon oïkos et les frères de la cellule. Par l’amour et le témoignage des autres, on reçoit aide et encouragement, par l’enseignement, réponses à nos questions et nos doutes. Les frères et sœurs me portent dans la prière et portent aussi mon oïkos. Mon oïkos devient ainsi, petit à petit, l’oïkos de toute la cellule. Quand une personne de mon oïkos sera accueillie par ma cellule « elle est déjà connue » et attendue par tous. Un oïkos commun peut aussi aider les personnes qui ont des difficultés pour identifier un oïkos. Lorsque la cellule porte l’oïkos de tous ses membres cela permet de traverser plus facilement les moments de découragement et ne pas oublier que nous n’avons pas à présenter les résultats de notre évangélisation, mais notre tâche est de nous rendre disponible à ce que l’Esprit Saint a prévu de faire en nous et à travers nos vies. Dans la deuxième lettre de Saint Pierre nous lisons : « pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans comme un seul jour … C’est pour vous qu’il patiente … Il veut que tous aient le temps de se convertir ». (2 P 3, 8-9). Laissons ce temps à l’Esprit Saint et disons : « Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n’avons fait que notre devoir » (Lc 17, 10).