L’élaboration de la foi chrétienne

Quels sont les mots qui expriment en verité notre foi ? Voilà une vraie question qui se pose à celui qui veut transmettre sa rencontre du Dieu vivant. Etudier la manière dont l’Eglise s’y est prise au cours de son histoire peut être lumineux.

Une longue lutte contre les hérésies

La dette du christianisme naissant envers l’empereur Constantin est immense. Par sa conversion en 311, suivi par tout son peuple, il fait basculer l’empire romain dans le christianisme. C’est lui qui convoque le premier concile oecuménique à Nicée en 325 rassemblant l’église d’Orient et d’Occident autour de la question récurrente de l’arianisme.

Qu’est-ce que l’arianisme ?

La doctrine d’Arius, prêtre d’Alexandrie, refuse la divinité du Christ. Selon Arius, seul le Père est vraiment Dieu : "seul inengendré, seul éternel (…) seul tout puissant (…). Il a engendré avant les temps éternels son Fils unique, par qui il a fait les siècles et toutes choses." Arius concède que le Fils n’est pas une créature comme les autres : il est une "créature parfaite de Dieu… créé avant les temps" (…) mais il n’est pas vraiment Dieu : il est créé par le Père ! Contre Arius, le Concile enseigne que le Fils ne fait pas partie des créatures : il est vraiment Dieu ("vrai Dieu né du vrai Dieu")… Il est "de même nature que le Père", ou plus exactement, "consubstantiel au Père". Arius confondait "engendré" et "créé". Le Concile précise : "engendré (c’est-à-dire : Fils), non pas créé". Le Concile promulgue un nouveau Symbole qui définit la foi de l’Eglise : “Nous croyons en un Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles et en un Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, unique engendré du Père, c’est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, de même nature que le Père, par qui tout a été fait, ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre ; qui, pour nous, les hommes, et pour notre salut, est descendu, s’est incarné, s’est fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux et viendra juger les vivants et les morts ; et en l’Esprit-Saint.”



Baptistère des Ariens
Baptême de Jésus, détail de la décoration de la coupole (Ve siècle)
Dans cette illustration, l’humanité du Christ – sa sexualité – est nettement soulignée.

Malaise du côté de l’Esprit-Saint

Le statut de la nature divine ET humaine du Christ subira toujours dans l’Église et hors de l’Église des oscillations prévisibles. Jusqu’à ces « néo-arianismes » à la Renan exaltant la beauté, la bonté tout humaine du Christ en occultant sa véritable essence divine. L’Esprit-Saint subira de semblables malversations de la part des « pneumatomaques » (du grec pneuma, esprit et maché, combat) qui rejettent de leur côté la divinité de l’Esprit-Saint.

Ni-Co-Ka

Une trilogie mnémotechnique pour faire mémoire de l’élaboration de l’identité chrétienne, Nicée, Constantinople, Chalcédoine. Sous le règne de Théodose, le Concile de Constantinople, en 381, réunit 150 évêques orientaux. Le Symbole de Constantinople n’a pas été rédigé sur la base du Symbole de Nicée ; il s’inspire plutôt d’un Symbole dû à Saint Epiphane, mais il reprend les points essentiels de Nicée relatifs à la divinité du Christ et il mérite, à ce titre, le nom de "Symbole de Nicée-Constantinople". Les nouveautés, par rapport au Symbole de Nicée, concernent l’Esprit-Saint : l’Esprit est "Seigneur" (ce qui est un titre divin) : il ne fait pas partie des créatures. Il est “celui qui vivifie” : celui qui donne la vie de fils de Dieu ou qui sanctifie… il n’est pas du côté de ceux qui sont sanctifiés. “Il procède du Père” (Jn.15,26), autrement dit : “il vient du Père” et en Espagne à la fin du Ve siècle on ajoutera au Symbole le terme : « filioque » : il procède du Père et du Fils, formule qui sera adoptée en Occident.

Des mots complexes pour dire Dieu

Les mots ne sont pas anodins dans la manière d’affirmer notre foi… même si nous savons que Dieu est et reste indicible fondamentalement. Dans notre Credo, le problème est multiplié par la nécessité des traductions, du grec biblique au latin, du latin au français. Faut-il traduire la formule de Nicée : "omoousion to patri" par "consubstantiel au Père" ou par "de même nature que le Père" ? Le Concile de Chalcédoine dit que le Christ est "omoousion emin" selon son humanité”, et, dans ce cas, la traduction : "de même nature que nous" est plus satisfaisante que “consubstantiel à nous”. Le terme "omoousion" doit-il être traduit de la même façon à Nicée, à Constantinople et à Chalcédoine ? Le fait que le Symbole de Constantinople soit devenu dogmatique à Chalcédoine, doit-il faire préférer la traduction “de même nature” ? … étant entendu qu’un texte dogmatique n’a autorité que dans le sens compris et voulu par ceux qui le promulguent. Les choses ne sont pas aussi simples. L’anathème qui fait suite au symbole de Nicée condamne ceux qui disent "que le Fils de Dieu est d’une autre hypostase ou essence "upostaseos et ousias".

Par la suite le terme “hypostase” désignera les personnes, mais à Nicée il désigne ce qui est commun au Père et au Fils… et il peut être traduit par le terme équivalent de “substance”, non pas au sens générique, mais au sens de “substance première”, ou numériquement une. Le terme hypostase est donné ici comme synonyme de ousia : terme qui désigne initialement l’être ou l’existence. En identifiant hypostase et "ousia", le Concile invite à comprendre cette "ousia" en un sens concret ou existentiel. On peut donc supposer que le Concile de Nicée n’affirme pas seulement que le Fils est Dieu, mais aussi qu’il est une seule substance avec le Père. Dans cette hypothèse, la traduction “consubstantiel” (comprise au sens fort) est la plus exacte, même pour le Symbole de Constantinople, qui sur ce point, ne fait que reprendre le dogme de Nicée. En donnant une valeur dogmatique au Symbole de Constantinople, il va de soi que le Concile de Chalcédoine n’entendait pas modifier le sens du Symbole de Nicée !

Il est vrai que la pratique pastorale doit tenir compte de l’usage actuel du vocabulaire, et on peut admettre que les mots “substance” et “consubstantiel” sont moins familiers que l’expression “de même nature”. Même si elle est plus restrictive, cette formule n’est pas fausse. Cependant, traduire “omoousion” par “consubstantiel” est théologiquement plus exact et plus conforme à l’intention des Pères.



Réciter le Credo autrement



En bref il est nécessaire de prendre conscience que le Credo que nous récitons le plus souvent machinalement avec des formules familières, dissimule des siècles de discussions, de controverses et de déchirements : tout ce qui a motivé ces grands rassemblements d’Eglise que l’on nomme conciles. On ne peut pas brader un terme, balayer une apparente inutilité sans tomber dans toutes formes de coupures, d’erreurs, d’hérésies, susceptibles de faire éclater l’unité de l’Eglise.

_ Les 318 Pères du Concile de Nicée