L’amour fraternel et l’évangélisation

Père Laurent Roudil, curé de la paroisse de Modane

C’est en faisant la découverte de l’amour de Dieu et de sa présence parmi nous, que l’on saisit la vraie dimension de l’amour fraternel.

Cet amour réciproque entre les membres d’une communauté est ce qui rend visible, pour notre entourage, notre condition de chrétiens.

Aimer notre prochain selon le cœur de Jésus

Avant de quitter ses disciples, Jésus, dans son discours d’adieu pendant la Cène, va laisser son commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » (Jean 13, 34).
Pour traduire autrement sa pensée, je dirais de la manière dont il nous a aimés, nous sommes appelés à aimer notre prochain. Aimer selon le cœur de Jésus, nécessite de se mettre à l’école de son amour. Notre vie chrétienne devient un chemin d’apprentissage de l’amour du Christ les uns pour les autres. Au départ de ce chemin, il est fondamental de se placer dans l’attitude intérieure de pauvreté de cœur. Nous sommes pauvres en amour et nous avons besoin de tout recevoir du Christ, pour avoir un amour humain divinisé. La méditation de la vie du Christ dans les évangiles reste un des moyens pour apprendre à aimer. En lisant les évangiles, nous apprenons comment Jésus est entré en contact avec tout homme. Il a souri aux enfants, aimé le jeune homme riche, montré de la compassion envers les pêcheurs repentants, pleuré pour son ami Lazare mort, pardonné sur la croix à ses persécuteurs… Voici toute une série d’attitudes et de paroles qui nous manifestent l’amour du Seigneur pour tous les hommes.

Reconnaître l’amour de Dieu

Au regard de la vie du Christ dans l’Evangile, un jeune homme disait : « Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi bon. » Il est difficile de croire et de réaliser la bonté du Seigneur pour nous. Lorsque nous découvrons l’amour du Seigneur à travers un évènement, une situation, une rencontre avec quelqu’un, nous pouvons en même temps que nous sommes dans l’action de grâce, nous dire combien plus grande doit être encore la bonté du Seigneur. Vivre dans l’amour du Seigneur les uns avec les autres commence par la reconnaissance de l’amour de Dieu pour nous. Nous sommes aimés infiniment de Dieu. C’est par cette expérience d’être aimé que nous pouvons à notre tour aimer notre prochain selon l’amour de Dieu et reconnaître dans notre frère cet amour du Seigneur. Voici ce qui caractérise le véritable disciple du Seigneur. Saint Jean ajoute à la suite du commandement nouveau, cette phrase : « A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jean13, 35) Un chrétien se caractérise par sa bonté surnaturelle. Lorsque nous disons d’un homme, d’une femme qu’ils sont bons, c’est le signe qui nous permet de reconnaître sa qualité de disciple.

« Et par-dessus tout revêtez l’amour, c’est le lien parfait. »

Colossiens 3, 14

Vivre et approfondir la foi en communauté

Nous vivons dans un contexte marqué par différents projets de vie dont les aspirations sont essentiellement d’ordre technologique, consumériste et libertaires. Ces trois projets mettent en avant la rationalité scientifique où l’on ne laisse rien au hasard, les besoins humains toujours nouveaux et toujours croissants, le droit de satisfaire ses désirs de la manière qui lui convient le mieux. Face à ces influences de société, quelle est la place laissée à l’amour gratuit ? L’un préconise l’efficacité à tout prix, l’autre agit sur mon ego et le dernier met en avant la liberté absolue par rapport au « je ». Dans ces projets-là, quelle est la place laissée à l’amour du prochain ?
Nous avons du mal à la trouver. L’homme croit construire son bonheur, en fait, il s’enferme dans sa propre idéologie, croyant se libérer de toute aliénation. Dans cette culture influente, comment les chrétiens peuvent-ils survivre devant un tel raz-de-marée ? La réponse est la foi en Jésus-Christ vécue en communauté. Comment rebâtir des communautés chrétiennes ? En vivant ensemble de l’amour du Seigneur.

Grandir dans l’amour réciproque par les cellules

L’amour du Seigneur vécu entre nous ne peut pas se contenter d’une messe dominicale où tout le monde rentre au bercail sans se connaître et approfondir sa relation de foi. Pour s’aimer dans le Seigneur, des rencontres hebdomadaires sont indispensables afin que les grâces reçues lors de l’Eucharistie dominicale ne tombent pas dans l’oubli du train de vie effréné de la semaine. Une famille ne se construit dans l’amour que si ses membres se connaissent et vivent ensemble. Il en va de même pour une communauté chrétienne, elle pourra se construire plus facilement dans l’amour du Seigneur et être davantage crédible aux yeux des incroyants en vivant une relation plus fraternelle à côté du grand rassemblement dominical. Le rythme hebdomadaire proposé par les cellules construit la fraternité entre ses membres petit à petit. Ses membres grandissent dans l’amour réciproque et ils rayonnent toujours plus autour d’eux. Tel le mari d’un membre des cellules qui tout en se posant des questions, se remet à venir à la messe dominicale tant il a remarqué des changements positifs en son épouse.

Marie reste le modèle hors pair de l’amour fraternel pour les chrétiens, prenons-la pour Mère éducatrice du bel amour. Demandons au Seigneur de nous faire grandir dans l’amour réciproque et d’ouvrir notre amour aux personnes extérieures.