L’Oïkos du Ciel

Père Amaury Sartorius, curé de Sainte-Jeanne d’Arc à Versailles

Tous les hommes, du plus religieux au moins croyant, s’interroge sur la vie après la mort. Qui n’a pas dans son cœur des êtres chers décédés, parents, amis, collègues ? C’est pour l’évangélisateur l’occasion d’un dialogue fort qu’il ne faut pas négliger.

S’il est relativement facile d’engager une conversation sur la question des fins dernières, parce que le sujet nous concerne tous, il est plus difficile d’en parler avec justesse. Reprenons les éléments précis du Catéchisme de l’Eglise catholique (CEC).

Le Credo nous invite à affirmer : « J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir ». Le symbole des Apôtres, plus ancien, disait même : « résurrection de la chair », non pas dans un sens matériel, mais parce que notre corps désigne la condition de faiblesse et de mortalité d’un monde marqué par le péché. Les Conciles de Nicée et Constantinople ont préféré un vocabulaire plus large et plus neutre culturellement et philosophiquement.

Croire en la résurrection des morts a été dès ses débuts un élément essentiel de la foi chrétienne (CEC 991). La résurrection de la chair signifie qu’il n’y aura pas seulement, après la mort, la vie de l’âme immortelle, mais que même nos corps mortels reprendront vie (CEC 990).

La distinction âme immortelle / corps mortel nous vient directement des philosophes grecs. Platon, trois cent ans avant Jésus-Christ, avait compris que l’âme était en nous immortelle. Cela l’a amené à mépriser le corps, prison maintenant l’âme spirituelle dans un monde imparfait.

Cette pensée trouve une certaine postérité dans le langage courant, lorsque l’on dit à propos d’un défunt : « il est toujours avec nous ». Au sens chrétien, cette phrase signifie notre fidélité au sein de la Communion des saints. Mais hors du contexte de la foi catholique, elle peut signifier que la vie après la mort n’est que spirituelle : une présence sous forme d’une mémoire, une certaine notoriété qui garantit contre l’oubli.

Au contraire, ceux qui nous ont précédés nous sont unis par la même espérance : celle d’être un jour réunis dans le Christ, avec ce qui fait notre nature et notre individualité : notre âme et notre corps ressuscité.

Ainsi, la mort n’est que le terme de notre vie terrestre. Nous n’attendons pas un changement de statut : devenir être spirituel, alors que nous avions été créés humains, corps et âme. Nous ne souhaitons pas devenir des anges au Ciel, mais bien ressusciter tels que Dieu nous a créés. La mort chrétienne acquiert un sens positif dans la mesure où elle nous ouvre cet avenir.

Attention alors à un vocabulaire flou ou trop rapide. « Notre défunt est auprès de Dieu ». Certes, dans le sens du prologue de saint Jean : il est « vers » Dieu, en direction de Dieu. Nous ne devons pas « canoniser » les défunts. Nous ne pouvons pas préjuger du jugement particulier de chaque défunt à sa mort. Notre prière doit donc manifester la miséricorde de Dieu, seule certitude. Il ne s’agit pas d’inquiéter ceux qui sont en deuil, en agitant l’épouvantail de l’enfer, mais plutôt de témoigner de l’amour miséricordieux de Dieu, celui-là même dont nous faisons l’expérience dans notre vie, et tout particulièrement dans le sacrement de la réconciliation. Espérance et expérience de sont pas contradictoires, bien au contraire !

Crédits photo : merci à Berna Lopez - evangile-et-peinture.org