L’Eglise en croissance dans la perspective de l’Alliance et du Christ

Le parcours biblique, commencé avec l’étude sur les Actes des Apôtres, nous a ouvert un très vaste horizon ecclésiologique. L’Eglise en croissance nous apparaît de plus en plus comme une réalité théologique et pastorale possédant toute sa consistance et sa profondeur. La lecture des Actes des Apôtres nous invite à découvrir jusqu’à quel point cette vision de croissance s’enracine dans le mystère du Christ, tel qu’il nous est présenté au cœur des Evangiles, et dans la révélation sur la création, telle qu’elle s’est déployée à partir du livre de la Genèse.

La théologie de l’Alliance

Nous pouvons considérer cette réalité selon le point de vue plus universel de l’histoire du Salut, du dessein éternel du Père dès avant la création et de la première alliance établie avec Abraham. Dans cette perspective si élargie, le thème de la croissance apparaît comme l’un des grands thèmes bibliques lié à la théologie fondamentale de l’Alliance. De nombreux axes théologiques importants sont en étroite relation avec ce thème central : la « hèsèd » (grâce-miséricorde), l’élection, la fidélité de Dieu / l’infidélité du peuple, la souveraineté de Dieu, la promesse, l’auto-révélation, la gloire. Ces thèmes ne sont pas négligeables. Mais si l’on précise le lien entre Alliance et bénédiction, le thème de la croissance non seulement devient tout à fait incontournable, mais apparaît maintenant en étroite relation avec tous les autres axes mentionnés.

L’exigence de la fidélité dans l’Alliance

L’Alliance, dans sa finalité première, exige la fidélité. Si le contrat d’Alliance est respecté, Dieu, par grâce, promet la bénédiction, c’est-à-dire la fécondité du peuple, la fécondité de la terre, et la fécondité-agrandissement du territoire. Par la collaboration fidèle des fils de l’Alliance, Dieu veut manifester sa souveraineté, sa fidélité, sa présence, sa gloire. Cette logique de l’Alliance implique un ensemble de données qui se déploient dans le contexte « biologique » de la fécondité. Ces thèmes variés et divers trouvent leur unité et leur harmonie dans la vision de croissance.

L’invitation à la croissance dans la Parole

Dans l’événement de la création, la fécondité apparaît dès les premiers versets de la Bible : "Croissez et multipliez-vous" (Génèse 1, 22. 28), comme une caractéristique de la nature du vivant. Dieu, par sa Parole, inscrit dans l’essence même du vivant cette loi de la croissance et de la multiplication. Ce commandement de la croissance vaut non seulement pour le règne végétal, mais aussi pour le règne animal. L’homme, qui est un être créé, animal, mais aussi un être profondément spirituel, est appelé à cette fécondité. La révélation biblique nous montre une réalité théologique importante : Dieu a tout créé dans sa Parole, sa Parole est vivante et commande la croissance. Tout le monde biologique est donc, en quelque sorte, prédéterminé par la Parole qui invite à la croissance. Mais plus encore, c’est au cœur même de cette Parole vivante et divine que se trouve le dynamisme de croissance de tout être vivant : ne parle-t-on pas de « procréation » » dans le domaine de la transmission de la vie ? En quelque sorte, la fécondité naturelle du vivant non seulement est possible parce que la Parole divine l’a commandée, mais aussi devient le reflet ou le symbole de cette même Parole. C’est pourquoi Luc, dans les Actes des Apôtres, lorsqu’il utilise l’expression :
"La Parole de Dieu croissait et se multipliait" (Actes 6, 7 ; 12, 24 ; 19, 20) , ne le fait pas simplement par jeu littéraire pour faire allusion au récit de la Genèse. La perspective est amplement théologique. Dieu inscrit au cœur du créé la réalité de la croissance et de la multiplication qui est pleinement intégrée dans son projet de salut, non seulement pour que le peuple de la première Alliance connaisse la surabondante bénédiction divine sous toutes ses formes, mais aussi pour que, dans le Christ, lui-même issu de la fécondité de la première Alliance (la Parole s’est faite chair dans le sein de la Vierge Marie, fille d’Abraham), l’Eglise, qui est son Corps et son Epouse (Ephésiens 5, 22-32), croisse et se multiplie en tant que peuple de la nouvelle Alliance. Nous percevons, à la lumière de la théologie biblique de la croissance, une profonde continuité et unité dans le dessein de salut à travers ses différentes étapes historiques avec :

  • 1- la création,
  • 2- l’établissement de la première Alliance avec Abraham,
  • 3- l’Alliance qui atteint sa plénitude et son accomplissement dans la révélation du Fils de Dieu,
  • 4- le prolongement de cette nouvelle Alliance dans l’Eglise, Corps du Christ en croissance, jusqu’à son retour glorieux et définitif (cf. Ephésiens 4, 11-16).

La vision biblique de croissance

L’hymne christologique de la lettre de Paul aux Colossiens nous indique bien ce lien entre création, révélation du Fils Premier-né et Tête du Corps qu’est l’Eglise :

Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui. Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Eglise : Il est le Principe, Premier-né d’entre les morts, il fallait qu’il obtînt en tout la primauté. Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute la plénitude.

Colossiens 1, 15-19

En étant "Premier-né de toute création" et "Premier-né d’entre les morts", il peut « tout réconcilier par lui et pour lui, et sur la terre et dans les cieux, ayant établi la paix par le sang de sa croix » et intégrer ou incorporer tous les sauvés dans son Corps-Eglise pour qu’elle grandisse et se multiplie. C’est la logique même de la christologie et de la sotériologie [1] qui impose ce constat de la croissance ecclésiale accomplie par le mystère de la renaissance dans l’Esprit-Saint. Après cette hymne, Paul explique comment, par le ministère de l’évangélisation, les hommes sont appelés à la sainteté :

Voici qu’à présent il vous a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à la mort, pour vous faire paraître devant lui saints, sans tache et sans reproche. Il faut seulement que vous persévériez dans la foi, affermis sur des bases solides, sans vous laisser détourner de l’espérance promise par l’Evangile que vous avez entendu, qui a été prêché à toute créature sous le ciel, et dont moi, Paul, je suis devenu le ministre.

Colossiens 1, 22-23

Vers une mentalité de croissance dans l’Eglise

Si ce que nous affirmons est juste (si le thème de la croissance est profondément lié à la théologie de la création, de l’Alliance et de l’accomplissement plénière de la Révélation en Jésus Christ), nous devons au sein de l’Eglise nous convertir à une mentalité de croissance. Vivre dans « la pensée du Christ » consiste à développer sans cesse une mentalité de vie, de multiplication et de développement. La vie est essentiellement croissance et multiplication. Notre Eglise qui, dans certaines zones, est malheureusement et souvent encline à la morosité, à l’esprit dépressif, à la décroissance est fortement appelée à une conversion pour déraciner ces éléments de stérilité et y enraciner plus profondément dans toutes les dimensions de son être, cette vision biblique de croissance qui est le signe d’une authentique fidélité à l’Alliance nouvelle et éternelle.

Exercice de réflexion

Pour vous aider à développer cette mentalité de croissance, nous vous proposons de relire certains passages significatifs de l’Ancien Testament sur ce thème. La grille proposée vous invite pour chacun des passages indiqués à identifier le contexte biblique et un passage du Nouveau Testament qui semble correspondre à cette vision de croissance.

Après cet exercice, nous vous proposons de relire un passage, à votre choix, l’un des passages de prophètes de l’Ancien Testament où il est question de : Fidélité / Infidélité – Fécondité / Stérilité.

Crédit photo :
Fleur Nabert « Il faut entendre divinement les choses divines » (tous droits réservés) -

[1Domaine de la théologie qui s’occupe de l’Histoire du Salut