Joie et tristesse

Père Laurent Perru, prêtre du diocèse de Fréjus-Toulon

Dans l’annonce de l’évangile on insiste souvent sur la louange, la joie. Il semblerait qu’il faille être joyeux pour être un chrétien crédible, avoir des airs de ressuscités serait une garantie pour un bon témoignage. C’est vrai qu’entrer dans une église en pleine messe du dimanche ne donne pas toujours l’impression que Jésus est ressuscité d’entre les morts mais bien plutôt qu’on célèbre éternellement ses obsèques… C’est beau, mais c’est triste !

Savoir accueillir l’autre dans l’écoute

Il faut être prêt à témoigner de la joie de la foi, même au cœur de l’épreuve, mais distinguons bien la joie et le folklore. L’excitation, la démonstration excessive, ne sont pas toujours de mise et ne sont pas forcément les meilleurs indicateurs de la vraie joie. Dans notre mission il faut surtout rester prêt à tout accueillir, à tout entendre, à écouter. On demande aujourd’hui avant tout des oreilles qui écoutent. La meilleure évangélisation est celle du contact personnel et de l’accueil de l’autre avec ce qu’il vit. La tristesse fait partie de la vie, elle est légitime par exemple dans le temps du deuil. Rien ne sert de plaquer des conseils spirituels et des exhortations à la joie sur ce temps, rien n’y fera. Quelqu’un qui perd un proche et qui ne ressent pas de tristesse n’est pas forcément un chrétien qui vit déjà au Ciel, c’est peut-être plus simplement un homme au cœur dur… Quelqu’un qui se force sans cesse à paraître joyeux est sans doute profondément angoissé devant la vie et incapable d’y faire face…. Sachons aller voir derrière les masques et les maquillages !

La peur de perdre sa vie

La tristesse dans notre vie est un indicateur très précieux. Je ne parle pas ici d’une tristesse maladive, récurrente, comme dans la dépression chronique. Je parle de quelque chose de plus simple et de plus commun. La tristesse est le lot de chacun lors d’un deuil, d’une perte d’emploi, d’un grave ennui de santé, ou encore lors d’une trahison ou d’une séparation douloureuse. Elle indique quelque chose que nous sommes en train de perdre et à quoi nous sommes attachés. Ceux qui ne sont jamais tristes sont parfois ceux qui ne sont attachés à rien ni personne et ce n’est pas forcément très bon signe ! Jésus n’a-t-il pas pleuré sur son ami Lazare parce qu’il y était attaché ? Est-ce que Marthe et Marie lui ont cité les écritures en l’exhortant à être toujours joyeux ? Non, l’évangile est trop humain pour une pareille absurdité ! En réalité nous avons peur de perdre, et surtout de perdre notre vie !

Le jeune homme riche… et triste

Il y a les pertes qui nous sont imposées par l’existence et pour lesquelles la foi et la prière nous aident. Nous ne les choisissons pas, nous avons à les traverser en luttant pour ne pas désespérer. Mais il y a les invitations à lâcher, c’est autre chose. Le jeune homme dont parle l’évangile voulait suivre Jésus mais Jésus lui demande de lâcher ses possessions qui étaient importantes ! L’évangile dit que l’homme s’en alla tout triste car il avait de grands biens… Plus on est attaché, plus la tristesse sera grande. Mais alors il suffit de se détacher, de consentir, de lâcher prise et la tristesse s’évanouit comme une fumée. Souvent il suffit de relâcher un peu la pression, la pression de ses exigences sur les autres par exemple….

La joie

Sans doute naît-elle de l’épreuve traversée ou du consentement à la perte. Nous pouvons tout perdre en ce monde, sauf ce que nous sommes : des enfants aimés de Dieu. C’est notre beauté, notre dignité, personne ne peut nous l’enlever. Bien sûr si nous demandons à notre condition sociale, à nos biens, à notre famille, de nous dire ce que nous sommes et de nous conforter dans cette identité, nous sommes à la merci du malheur. Mais si nous découvrons notre identité en Dieu, personne ne pourra nous ravir cette joie. Elle nous remplira d’assurance dans les moments difficiles et elle se verra même si nous ne faisons pas les pitres à tout instant ! Cette assurance nous pousse aussi à la compassion envers les déçus de la vie et tous ceux qui ne trouvent pas de sens à leur existence.

Crédits photos : Berna Lopez - evangile et peinture.org