Imiter Marie dans son amour

Père Laurent Roudil, curé de la paroisse de Modane

Comment imiter Marie dans son amour pour tous les hommes ? Pour répondre à cette question, nous pouvons ouvrir la réflexion autour de la Vierge Marie comme la Mère de Dieu et de l’Eglise au service de la croissance de l’amour fraternel. Appuyons-nous pour cela sur des fondements bibliques et sur un passage de Saint-Louis-Marie Grignon de Montfort.

Et l’ange lui répondit :(…) « Et voici qu’Elisabeth, ta parente, vient , elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième moi, elle qu’on appelait la stérile, car rien n’est impossible à Dieu. »
Luc 1, 35-37

Au moment de l’annonce de l’ange Gabriel, Marie était fiancée à Joseph, elle consent à l’œuvre de Dieu en Elle :

Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta Parole. (Luc 1, 38)

Apprenant la conception dans 3 mois de sa cousine Elisabeth , Elle se rend en hâte chez elle. Ce qui correspond à plusieurs heures de marche. Quelle est la raison qui la pousse à aller vers sa cousine ? C’est la charité. Elle est prise de compassion pour Elisabeth dans son âge avancé . Elle va donc pour la soutenir spirituellement et physiquement dans l’approche de la naissance du précurseur. Tout comme Saint-Ambroise, Jean-Paul II dira « Marie , poussée par la charité , se rend donc dans la maison de sa parente » [1].

Qu’est-ce-que la charité ?

Benoit XVI a écrit une encyclique merveilleuse : « Dieu est amour. » Ce titre nous indique la teneur du mot charité. La charité est un don de Dieu ou une vertu théologale , c’est-à-dire venant de Dieu par laquelle , nous aimons Dieu par-dessus toute chose pour lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. [2]. En comprenant mieux la définition de la charité, nous saisissons d’autant plus ce qui a poussé intérieurement Marie à aller voir sa cousine Elisabeth . Elle aimait sa cousine comme elle-même en vue de Dieu et de son Amour. Mais alors de quelle manière Dieu aime-t-il ? Comment aimer à la manière de l’amour divin ? Comment pouvoir imiter un tel amour sans le voir car Dieu est esprit ? Dieu est esprit fait chair en son fils Jésus-Christ. A partir de l’exemple de Jésus , nous pouvons l’imiter dans l’amour de Dieu et en vivre.

Demeurer dans l’amour

L’apôtre bien-aimé nous témoigne qu’il a aimé les siens « jusqu’à la fin » (Jean 13, 1). Dieu en son Fils Jésus-Christ nous a montré que son amour va jusqu’au bout . Il ne peut pas manifester de preuve plus grande de son amour qu’en donnant sa vie pour ceux qu’il aime : « Il n’y a pas de plus grand amour que donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

C’est de cette manière là que Jésus nous demande de nous aimer :

Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. Jean 15, 12

Marie est cette femme parfaite dans la charité . Elle est celle qui a aimé dès le début d’un amour total et désintéressé. Dès le début, elle a vécu du précepte de son fils. Pourquoi dès le début ? Comment pouvait-Elle faire pour vivre d’un Amour aussi divin sans connaître le précepte de son Fils ? L’ange lui dit : « L’Esprit-Saint viendra sur toi… » Luc 1,35 . En effet , ce que l’ange a promis au nom de Dieu, cela se réalise. Comment affirmer avec tant de certitude que Marie possédait le Saint-Esprit alors que le Fils n’était pas retourné auprès de son Père pour nous l’envoyer ? Sa cousine Elisabeth en a fait l’expérience. A la salutation de Marie,

L’enfant tressaillit dans son sein et Elisabeth fut remplie de l’Esprit-Saint.
Luc 1,41

Sans l’Esprit-Saint, Marie n’aurait pu aimer selon Dieu. C’est l’Esprit-Saint qui l’a conduite à se rendre auprès de sa cousine, c’est encore lui qui fait tressaillir l’enfant Jean-Baptiste et met le cœur de sa mère dans la joie et l’allégresse. Marie pouvait déjà vivre ce précepte divin de l’amour car en elle , habitait déjà la Parole et l’Esprit-Saint est venu féconder le verbe divin.

Marie, un modèle parfait de charité}}

Par l’action du Saint-Esprit, Marie est devenue un modèle parfait de charité fraternelle tout au long de sa vie. Elle a donné sa vie pour son fils et pour chacun de nous. Elle donne de sa vie et de son temps à sa cousine pour l’assister, sans rien attendre en retour, si ce n’est la joie de servir Dieu et son prochain…

Marie après son assomption dans la gloire du ciel, bien loin de nous laisser ici-bas, a continué sa médiation pour nous auprès de son Fils. Saint-Louis Marie Grignon de Montfort nous laisse des passages magnifiques dans son traité de la vraie dévotion à Marie. En parlant de ceux qui se sont donnés au Christ par Marie :

Elle les aime tendrement , et plus tendrement que toutes les mères ensembles. Mettez , si vous pouvez , tout l’amour naturel que les mères de tout le monde ont pour leurs enfants, dans un même cœur d’une mère pour un enfant unique : certainement , cette mère aimera beaucoup cet enfant ; cependant , il est vrai que Marie aime encore plus tendrement ses enfants que cette mère n’aimerait le sien.

Saint-Louis donne cette comparaison pour montrer la grandeur de l’amour que Dieu a mis dans le Cœur de Marie.

Alors si nous voulons aimer à la manière du Christ notre prochain , nos oïkos, laissons-nous façonner par l’amour de la très tendre Mère de Dieu. Dieu l’a choisie pour Mère de son Fils pour qu’il aie un amour digne de son amour. Son Fils nous la donne au pied de la Croix : Voici ta Mère pour que nous grandissions dans l’amour fraternel.

[1redemptoris mater

[2catéchisme de l’Eglise catholique n°1822