« Faut-il avoir peur des cellules d’évangélisation ? » Interview

Découvrez l’interview du Père Arnaud Adrien, référent des cellules paroissiales d’évangélisation pour les pays francophones.

Propos reccueillis par Jean-Baptiste Maillard et interview parue sur Anuncioblog, le blog consacré à la Nouvelle Evangélisation et dans L’Homme Nouveau.

La XVe session des cellules paroissiales d’évangélisation aura lieu à Sanary-sur-Mer (Var) du 28 novembre au 2 décembre prochain. Sans ébranler les structures traditionnelles de la paroisse, cette méthode d’évangélisation choisie par de nombreuses communautés paroissiales à travers le monde, permet de retrouver le sens et le dynamisme des premières communautés chrétiennes. A Sanary dans le Var, cette méthode a fait ses preuves depuis 10 ans.

Faut-il avoir peur des cellules ?

« Oui, bien sûr, il faut avoir peur des cellules car c’est un vrai chemin de sainteté pour les laïcs et cela demande au pasteur de croire profondément en eux. En plus, comme les cellules visent à intégrer les païens, c’est une source constante de problèmes. Que voulez-vous, là où il y de la vie, il y a des complications. Je me souviens d’une remarque de Don Pigi que je félicitais pour la transformation de sa paroisse : « Oui, me répondit-il, c’est beau, mais il faut accepter que chaque semaine quelque chose de grave arrive. ». Jésus n’est pas venu apporter la paix mais la division… celui qui veut travailler à la venue du Royaume ici-bas comprendra.

« Cellule » : cela ne résonne-t-il pas comme secte ?

Seuls ceux qui ne veulent pas vraiment s’engager se laissent paralyser par de telles résonances. Appelez cela comme vous le voulez, vous n’aurez aucun procès des responsables !

D’où nous vient cette méthode ?

Cette nouvelle méthode d’évangélisation est née, puis s’est développée à Séoul (Corée du Sud) dans l’église pentecôtiste du pasteur Paul Yonggi Cho. Mise en place ensuite, avec les adaptations appropriées, dans la paroisse catholique Saint-Boniface à Pembroke Pines (Floride, Etats-Unis) grâce à un prêtre Irlandais, le Père Michael Eivers, elle est arrivée ensuite à Milan dans la paroisse Saint-Eustorgio par Don Pigi avec les encouragements du Cardinal Martini. C’est dans cette paroisse que sont nées, en 1988, les quatre premières cellules paroissiales du continent européen. Elles se sont vite multipliées : quatre ans après, on en comptait soixante-dix avec plus de mille membres. Depuis 1990, un séminaire européen est organisé chaque année, compte tenu de l’intérêt que cette méthode a suscité aussi bien en Italie qu’à l’étranger, où les cellules paroissiales ont été mises en place dans de nombreuses paroisses.

De quoi s’agit-il, concrètement ?

D’une rencontre hebdomadaire de chrétiens qui ont compris qu’un feu brûlait dans la poitrine humaine du Verbe de Dieu ; celui de faire connaître l’amour de son Père à tout homme afin que tout homme soit sauvé. Ils prient ensemble, se laissent enseigner par l’Eglise et s’encouragent à servir ceux qui les entourent pour les gagner à Jésus.

A quelle problématique répondent les cellules ?

A celle du besoin de petites fraternités, à la vocation de tout baptisé à témoigner, à la vocation de toute communauté chrétienne d’être elle-même missionnaire sous peine de n’être même pas une communauté chrétienne.

Quel est l’objectif final ?

L’objectif est clairement d’amener les perclus, les sourds, les boiteux, les malades d’aujourd’hui dans la salle du festin des noces, c’est-à-dire là où la communauté chrétienne locale célèbre l’eucharistie.

Comment se déroule la réunion d’une cellule ?

Louange, partage, enseignement, intercession, voilà les moments-clés d’une rencontre qui ne dépasse pas une heure et demie.

En quoi les cellules permettent-elles de retrouver la dynamique des premières communautés chrétiennes ?

Je crois que le dynamisme des premières communautés chrétiennes était lié à une rencontre personnelle de Jésus ressuscité comme irradiant la vie, lui donnant, enfin, un sens total. On avait rencontré Dieu ! De là naissait un amour entre les membres qui montrait que le Sermon sur la montagne devenait enthousiasmant, lumineux (cf. Evangile selon saint Mathieu, chapitre 5 à 7). Autrement dit, les prémices du Royaume de Dieu dès maintenant. Si le pasteur de la paroisse vise ce but, alors, des laïcs se lèveront.

En quoi les cellules peuvent-elles constituer un renouveau pour la paroisse ?

Donnez-vous d’une manière structurée, comme les cellules le permettent, les buts dont je viens de parler et vous expérimenterez alors le renouveau conjoint de la prière, de la communion fraternelle, du sens missionnaire et de l’attention aux plus pauvres. Je vous parle d’expérience.

Et pour l’Eglise ?

Les cellules ne visent que le renouveau des paroisses même si la méthode peut servir à des mouvements comme l’essaye telle ou telle fraternité séculière. Elles n’ont pas la prétention de tout renouveler ou d’être le seul moyen de renouveau… mais les paroisses restent un des tout premiers lieux de l’expérience chrétienne.

Est-ce facile, pour un curé de paroisse, d’essayer cette méthode ?

Non. C’est exigeant en énergie, en communication, en formation. C’est affronter des incompréhensions, des rejets. Mais quelle jubilation, quelle joie de voir des chrétiens qui osent enfin témoigner du Christ dans leur vie professionnelle, dans leur vie publique. Les murs de Jéricho s’effondrent sous vos yeux, je veux dire la sacro-sainte opposition entre le public et le privé. Vous participez à l’élaboration d’une autre définition de la laïcité, d’une autre manière de vivre ensemble en société. Vous voyez naître des vocations religieuses et sacerdotales.

Que faut-il pour commencer ?

Il faut partir en pèlerinage. Il faut aller voir ce que l’Esprit Saint a pu réaliser dans quelques communautés chrétiennes. Elles ont leurs limites et leurs beautés. Elles ne vous cacheront ni l’une ni l’autre. Je pense à Milan, bien sûr, à Sanary, mais aussi Ossun (Hautes-Pyrénées), Fontainebleau (Seine-et-Marne), Viroflay (Yvelines), etc…

Quels diocèses en France se sont lancés dans l’aventure ?

Une trentaine de paroisses aujourd’hui poursuivent cette expérience. Le défi est de rendre toute la paroisse missionnaire et non de déléguer cette mission aux cellules. Une réflexion est donc à mener sur la manière de renouveler la paroisse. Une newsletter mensuelle va bientôt paraître sur ce thème sur cellules-evangelisation.org dans quelques jours.

Et à l’étranger ?

Des milliers de cellules existent dans le monde catholique au point que le Conseil pontifical pour les laïcs à décidé de donner un statut canonique à cette expérience. Don Pigi sera bientôt nommé comme président de cette association de droit pontifical. Nous en reparlerons bientôt !

Comment sera rythmée la XVe session des cellules paroissiales d’évangélisation ?

Pour vous mettre l’eau à la bouche, je vous invite à télécharger tout de suite le programme.

Pourquoi y participer ?

Il s’agit de prendre une décision réfléchie, dans la prière. Y aller c’est d’une certaine manière, déjà s’engager. C’est un signal fort envoyé à l’Esprit-Saint, qui dit notre volonté de ne pas rester les bras croisés devant la sécularisation galopante. C’est vouloir répondre à la mission de l’Eglise qui est d’annoncer que le Royaume de Dieu est proche de nous. Alors l’Esprit-Saint vous répondra, par cette forme-là d’évangélisation ou par une autre. Mais vous en repartirez enrichi. »