Eucharistie et témoignage

Père Amaury Sartorius, curé de Sainte-Jeanne d’Arc à Versailles

Annoncer le Christ, parler de ce qui nous fait vivre, témoigner du lien qui nous unit à lui est notre plus profond désir. S’il ne nous est pas demandé de donner notre vie comme témoignage de notre foi, il reste vrai qu’annoncer le Christ est notre façon de nous unir aux martyrs de tous les temps. Dans le prolongement de la fête de la Toussaint, il est bon de replacer notre action évangélisatrice sous le regard de nos frères aînés dans la foi et spécialement des saints qui intercèdent pour nous et soutiennent notre action.

Le pape Benoît XVI avait abordé cette question dans son Exhortation apostolique sur « l’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise ».

Relisons ce passage : Eucharistie et témoignage

« La mission première et fondamentale qui nous vient des saints Mystères que nous célébrons est de rendre témoignage par notre vie. L’émerveillement pour le don que Dieu nous a fait dans le Christ imprime à notre existence un dynamisme nouveau qui nous engage à être témoins de son amour. Nous devenons témoins lorsque, par nos actions, nos paroles et nos comportements, un Autre transparaît et se communique. On peut dire que le témoignage est le moyen par lequel la vérité de l’amour de Dieu rejoint l’homme dans l’histoire, l’invitant à accueillir librement cette nouveauté radicale.

Dans le témoignage, Dieu s’expose, pour ainsi dire, au risque de la liberté de l’homme. Jésus lui-même est le témoin fidèle et véridique (Actes des Apôtres 1, 5 ; 3, 14) ; il est venu pour rendre témoignage à la vérité (Jean 18, 37). Dans cet ordre d’idées, il me tient à cœur de reprendre un concept cher aux premiers chrétiens, mais qui nous touche aussi, nous chrétiens d’aujourd’hui : le témoignage jusqu’au don de soi-même, jusqu’au martyre, a toujours été considéré dans l’histoire de l’Église comme le sommet du nouveau culte spirituel :

Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable.
(Epître de Paul au Romains 12, 1)

Que l’on pense, par exemple, au récit du martyre de saint Polycarpe de Smyrne, disciple de saint Jean : tout le déroulement dramatique est décrit comme une liturgie, et même comme le fait que le martyr lui-même veuille devenir Eucharistie (cf. Le martyre de saint Polycarpe, XV, 1 : collection « Patrologie grecque 5 », 1039.1042 ; collection « Sources chrétiennes » 10 (1951), p. 263.265.).

Pensons aussi à la conscience eucharistique qu’exprime saint Ignace d’Antioche en vue de son martyre : il se considère comme « le froment de Dieu » et il désire devenir dans le martyre le « pur pain du Christ » (Saint Ignace d’Antioche, Lettre aux Romains, IV, 1 « Patrologie grecque » 5, 690 ; « Sources chrétiennes » 10 (1951), p. 131).

Le chrétien qui offre sa vie dans le martyre entre dans la pleine communion avec la pâque de Jésus-Christ et devient ainsi lui-même Eucharistie avec lui. Aujourd’hui encore, les martyrs, en qui se manifeste de manière suprême l’amour de Dieu, ne font pas défaut à l’Église. Même quand l’épreuve du martyre ne nous est pas demandée, nous savons bien que le culte agréable à Dieu requiert en profondeur cette disponibilité (cf. Concile Vatican II, Constitution dogmatique Lumen Gentium, n. 42) et qu’il trouve sa réalisation dans le témoignage joyeux et convaincu, devant le monde, d’une vie chrétienne cohérente dans les milieux où le Seigneur nous appelle à l’annoncer (Benoît XVI, Sacramentum caritatis n.85). »

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