Dialogue avec le monde de la culture

Père Amaury Sartorius, curé de Sainte-Jeanne d’Arc à Versailles

La leçon donnée par Benoît XVI au Collège des Bernardins le 12 septembre dernier est un modèle de dialogue évangélisateur. Sans reprendre l’intégralité du texte, je voudrais en dégager quelques aspects.

Le Pape, brillant universitaire, s’est adressé à un parterre d’intellectuels de tous milieux spirituels et philosophiques, comme un professeur en chaire. Il présente le fait religieux chrétien avec la neutralité de rigueur dans ce genre littéraire : il parle de culture, histoire du monachisme et de fruits historiques. Il s’appuie sur le fait objectif et culturel du bâtiment où est prononcé ce discours. Ce faisant, il donne le titre de sa conférence : « origines de la théologie occidentale et des racines de la culture européenne ». D’emblée, on comprend que la parole de l’universitaire ne cachera en rien celle du pasteur de l’église catholique. C’est là que réside le tour de force.

Le Pape utilise la méthode du parallèle implicite. Parlant de l’œuvre monastique médiévale, il fait remarquer que la volonté de ces moines « n’était pas de créer une culture nouvelle ni de conserver une culture du passé ». Cette phrase n’est-elle pas une critique des pôles qui caractérisent le XXe siècle ? Et le Pape d’ajouter : « Leur motivation était beaucoup plus simple. Leur objectif était de chercher Dieu, quaerere Deum », faisant implicitement référence à Saint Anselme. Et le Pape de poursuivre sur la culture de la Parole.

Car en effet, quel point commun y a-t-il entre le moine médiéval et l’intellectuel contemporain, si ce n’est la parole ? On peut gager que le Saint-Père, pour bâtir son discours, a commencé par analyser ce qui fait la richesse et la fierté de son auditoire, ce qui peut capter son intérêt. Dans un second temps, il confronte cela à ce que dit la foi et, enfin, il trouve le point d’application qui permet de rejoindre l’un et l’autre : ainsi le langage guidé par la foi vient éclairer la pensée d’aujourd’hui. Dans une France jalouse de sa laïcité, ôser affirmer que la véritable attitude philosophique consiste à chercher Dieu, c’est quand-même un tour de force ! Notre Pape nous donne ici une belle leçon de dialogue et d’évangélisation.