De la catéchèse au catéchisme

père Laurent Sentis

A partir du cinquième siècle le christianisme fait de tels progrès que pratiquement tout le monde se fait baptiser. Il faut noter aussi que sous l’influence de la doctrine augustinienne du péché originel les chrétiens prennent l’habitude de faire baptiser leurs enfants dès la naissance. L’Eglise rentre progressivement dans un régime de chrétienté. Le christianisme fait désormais partie de la culture. Telle est sans doute la raison du déclin de la catéchèse. La foi est transmise par la famille et la société. Elle est entretenue par la liturgie.

Cette situation dure en fait jusqu’au XVI ème siècle. Luther conscient de l’ignorance religieuse de nombreux chrétiens et soucieux aussi de transmettre son interprétation du christianisme fait rédiger des manuels contenant une présentation de la foi. Il est vite imité par les catholiques. C’est ainsi qu’apparaissent les catéchismes par questions et réponses. Ces catéchismes sont en fait destinés aux adultes. Le catéchisme du Concile de Trente par exemple est un manuel contenant l’essentiel de la foi catholique. Mais ce manuel est destiné aux curés. Il appartient à ceux-ci de transmettre l’instruction religieuse en utilisant ce livre. Très vite cependant les évêques vont rédiger des catéchismes directement destinés aux enfants et aux adolescents qui se préparent à la première communion. Ces catéchismes contiennent des formules à apprendre par cœur. Le mot catéchèse tombe dans l’oubli. Il est désormais question d’apprendre le catéchisme. Au XVII ème siècle en France, sous l’influence de saint Vincent de Paul, l’éducation de la foi des enfants devient une institution. Toute la pastorale villageoise est centrée sur la première communion. Celle-ci est tellement solennisée qu’on l’appelle la communion solennelle. Pour être admis à cette grande fête il faut avoir appris son catéchisme. Cette pastorale a incontestablement contribué à une véritable rechristianisation de notre pays. Elle s’est maintenue en fait jusque dans les années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale. Cette méthode pastorale avait deux défauts qui sont connus de tous. Tout d’abord le texte que les enfants devaient apprendre était rédigé dans un langage abstrait qui dépassait les capacités de compréhension de la plupart d’entre eux. D’autre part la communion solennelle était souvent considérée comme le but à atteindre suivi d’un abandon de la pratique religieuse. Cependant il faut reconnaître que cette méthode avait aussi de nombreux avantages. Tout d’abord même si les enfants ne comprenaient pas tout, ils retenaient tout de même un certain nombre de choses. Et ce qu’ils retenaient était précieux pour leur vie d’adultes. Assurément, beaucoup abandonnaient la pratique religieuse parfois même la foi, assurément, certains pouvaient tomber dans l’anticléricalisme. Mais nombreux parmi ceux-là revenaient à la foi et, grâce à cette formation donnée dans l’enfance, ils avaient une grande facilité pour reprendre leur place dans la communauté. Au total c’est quasi toute la population française qui bénéficiait de cette instruction. On pense que jusqu’en 1950, près de 90% des petits Français faisaient leur communion solennelle. Pouvait-on garder indéfiniment cette manière de faire ? Aurait-on évité ainsi la chute vertigineuse du nombre d’enfants catéchisés dont nous sommes aussi témoin ? Cette question n’a pas de réponse. Les raisons de l’actuelle désaffection des familles tiennent surtout à l’évolution du mode de vie. Il n’est pas certain que toutes les réformes entreprises aient été judicieuses. Mais les défauts de l’ancienne pastorale ont suscité un tel malaise chez les prêtres et laïcs en charge de la catéchèse qu’on ne pouvait pas ne pas entreprendre des réformes.

Le renouveau catechetique des années cinquante

Pour évoquer ce renouveau, nous prendrons appui sur l’excellente présentation qu’en a faite l’encyclopédie Wikipédia dans l’article consacré au principal artisan de ce renouveau : le père Joseph Colomb. C’était un prêtre lyonnais. Philosophe et théologien, il enseigna la philosophie à Lyon et Autun avant d’être nommé directeur adjoint de l’enseignement religieux à Lyon par le cardinal Pierre Gerlier en 1945. C’est à partir de ce moment que sa pensée catéchétique se fit connaître en France et qu’il se mit à écrire une œuvre impressionnante (16 ouvrages entre 1945 et 1957). Il commença par fonder une école de catéchistes professionnels à Lyon, la première en France, et publia une série de manuels catéchétiques, le Catéchisme progressif, en 1950, qui fit grand bruit et lui valut des attaques une condamnation du Saint-Office. En 1954, il fut nommé directeur du Centre national de l’Enseignement religieux (CNER). En juillet 1957, sur ordre du Saint Office à la suite d’une initiative du pro-secrétaire du Saint-Office, le cardinal Alfredo Ottaviani lui-même, il lui fut demandé de démissionner de ses fonctions, ainsi que le directeur de l’Institut catéchétique de l’Institut catholique de Paris et deux femmes catéchistes. Sa démission fut effective en février 1958. A l’époque le fait de renoncer aux formules à apprendre par cœur semblait remettre en cause l’enseignement de la vraie doctrine catholique. Joseph Colomb, s’il est considéré aujourd’hui comme le penseur principal du mouvement catéchétique français, resta cependant toute sa vie meurtri par ces accusations qu’il considérait comme non fondées. Il affirmait n’avoir jamais voulu brader la doctrine catholique mais il considérait que le catéchisme d’alors était inapte à transmettre la foi. En 1962, il fut appelé à Strasbourg pour fonder un institut de formation de catéchistes et il écrivit un important livre de référence en deux volumes, Le service de l’Évangile, en 1967. Lors de ses obsèques, Mgr Léon-Arthur Elchinger, évêque de Strasbourg, lui demanda pardon au nom de l’Église pour ce qu’il avait subi.

Les grandes intuitions du renouveau catéchétique}}

Joseph Colomb ne fut pas le créateur du mouvement catéchétique en France ni en Europe. Depuis le début du XX ème siècle des recherches nouvelles européennes puis françaises commencèrent à se développer. D’abord, un renouveau pédagogique influencé par les théories de l’école nouvelle, puis un renouveau biblique et enfin liturgique. Pour Joseph Colomb et ses collaborateurs, il est clair qu’à partir du moment où la foi n’imprègne plus suffisamment la culture française, le catéchisme par question-réponse ne pouvait à lui seul remplir son office de transmettre la foi catholique. La tâche du catéchiste devient complexe. Il ne s’agit plus seulement d’instruire sur la foi mais aussi de faire mûrir cette foi. Ainsi, dans le Catéchisme progressif, Joseph Colomb sollicita les ressources bibliques, liturgiques et dogmatiques dans une pédagogie plus active. Jamais il n’a émis le souhait de supprimer tout enseignement ni de soumettre la doctrine catholique à des théories pédagogiques. Le catéchisme progressif est basé sur La Bible, initiant les jeunes catholiques à toute la foi chrétienne. Ouvert sur l’œcuménisme, il leur donne une connaissance de la Bible et de la liturgie par une approche pédagogique inspirée à la fois des principes de la pédagogie active et du renouveau catéchétique du début du XX ème siècle. L’apport théologique de Colomb était de comprendre la doctrine sous trois formes différentes : toute la vérité de la foi est contenue dans la Bible, mais également dans la liturgie et dans la théologie dogmatique, selon une manière différente. Joseph Colomb s’est inspiré des apports pédagogiques de l’œuvre de Marie Fargues auquel il s’est référé dans ses propres manuels demeurant cependant moins consensuel que cette dernière du point de vue doctrinal. Dans un livre intitulé Plaie ouverte au flanc de l’Église paru en 1954, il définit les contours de son catéchisme, qui couvre les âges de sept à quatorze ans. Il définit cinq lois pour un véritable « enseignement didactique éducatif » :

  • il doit tenir compte des possibilités de l’enfant et du jeune ;
  • il doit tenir compte de la nature propre du message transmis ;
  • il doit tenir compte du but poursuivi qui est la foi vive, capable d’agir par la charité
  • il suppose la conscience claire de ce qu’est ou doit être l’expérience religieuse de l’adulte ;
  • il estime comme secondaire la question des manuels, de mémoire et de contrôle.

Signalons que les évêques de France ont toujours soutenu le père Joseph Colomb et le mouvement dont il fut l’initiateur et ont obtenu un adoucissement des sanctions romaines.

Le Concile Vatican II a-t-il consacré les thèses du « renouveau catéchétique » français ? Certains en ont eu l’impression. Il convient plutôt de remarquer que le Concile est resté très vague sur la question de la catéchèse.

Ce qui est certain en revanche c’est qu’à la suite du Concile, de nombreuses personnes engagées dans la catéchèse ont adoptée des positions théoriques et pratiques nettement plus radicale que celles de Joseph Colomb. Et cela a suscité un débat assez vif dont nous ne sommes pas encore sortis. C’est ce débat qu’il faut maintenant présenter de manière succincte