Cultiver la paix pour grandir dans l’amour réciproque

Père Laurent Roudil, curé de la paroisse de Modane

La paix que Dieu veut pour les hommes n’est pas simple tranquillité ou absence de conflit. Elle est plénitude à conquérir sans cesse, au sein d’un engagement quotidien, au moyen de l’exercice conjoint de la justice et du pardon. Les membres des cellules paroissiales sont appelés à entrer dans cette dynamique de pardon fraternel et de recherche de justice, soutenus par le sacrement de réconciliation, afin d’étendre la paix du Christ dans la communauté chrétienne.

Paix de Dieu, paix des hommes

Nous allons retenir une phrase du discours d’adieu de Jésus : « Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne ».Pour grandir dans l’amour réciproque, il est nécessaire de cultiver cette béatitude : "Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu". De quelle paix s’agit-il ? Tous les hommes sans exception aspirent profondément à trouver la paix. Le souverain pontife Jean XXIII dans son encyclique « Paix sur la terre » avait cette belle phrase : "La paix sur la terre, objet du profond désir de l’humanité de tous les temps, ne peut se fonder ni s’affermir que dans le respect absolu de l’ordre établi par Dieu". Tous les hommes veulent la paix, mais il est bon de s’interroger sur le type de paix auquel nous aspirons et les moyens employés pour y parvenir.

La paix, une quête sans fin

Une vie tranquille ou la paix de Dieu ? Nous constatons que nous cherchons tous la paix, mais trop souvent nous ne vivons pas en paix. Est-ce que nous ne nous trompons pas de paix ? Beaucoup comprennent la paix par le calme, la tranquillité ou « laissez-moi tranquille ». Cette paix est une recherche d’absence de conflit. Cette paix est vue comme quelque chose de statique. Une paix vécue comme quelqu’un sur sa chaise longue au soleil en train de se laisser dorer par le soleil chaud sans un brin de vent, ni un seul nuage. On se repose en paix. Or la paix que Jésus a voulue n’est pas du tout celle-là. La paix qu’Il nous donne n’est pas celle que le monde donne. La paix comme l’entend la Sainte Écriture a une autre dimension, le psalmiste dit : "Poursuis la paix, recherche-la ». Ce mot paix, shalom en hébreux, signifie la plénitude. La paix de Dieu pour les hommes va dans le sens d’une humanité entièrement réconciliée. Nous saisissons que cette paix est sans cesse à rechercher, à construire. La paix du Seigneur est inscrite dans une dynamique de croissance jamais acquise, ni définitive. La paix comme un fruit de l’Esprit, nous engage à une quête continuelle.

La paix au moyen de la justice et du pardon

Au niveau de la recherche de moyens pour obtenir la paix, il est bon de rappeler cet adage, « la fin ne justifie pas les moyens. » Martin Luther King rappelait ceci : " Il est curieux de voir que tous les grands génies militaires du monde ont parlé de paix. Les anciens conquistadors qui tuaient pour établir la paix, Alexandre, Jules César, Charlemagne, Napoléon, tous désiraient un ordre pacifique en paroles. Si vous lisez attentivement « Mein Kampf », vous découvrirez que Hitler affirmait avec insistance que « tout ce qu’il faisait en Allemagne, c’était pour établir la paix. » Eux et d’autres envisageaient la paix comme un but lointain à atteindre. Nous comprenons que la paix n’est pas seulement un rêve, elle est un engagement quotidien à prendre par des moyens nous y conduisant. On peut citer deux moyens : la justice et le pardon.

« Il n’y a pas de paix sans justice et il n’y a pas de justice sans pardon. » Jean-Paul II

En quoi consiste la justice ?

A tendre au bien de chacun et de tous, c’est pourquoi elle nous demande de passer par l’ordre et la vérité. Les cellules paroissiales sont appelées à être des lieux où ses membres cultivent la paix comme le fruit de la justice. La justice est dans la recherche de la vérité et du bien de chacun et de tous en Jésus-Christ selon son Évangile interprété d’une manière juste par le Magistère de l’Église. S’arrêter à une pure démarche de justice ne suffit pas. Il est nécessaire que chacun reconnaisse ses torts dans la recherche de paix et les moyens employés pour cela.

Vivre le pardon de Dieu

Le recours humble et fraternel à la demande de pardon et au pardon offert est la voie de paix. Nos pardons humains étant limités et faibles, ils ont besoin d’être soutenus par le pardon de Dieu, qui lui est absolu et plénier. Le Saint Curé d’Ars disait : "La miséricorde de Dieu est comme un torrent qui sur son passage emporte tout". Tout homme peut se réconcilier avec Dieu en demandant pardon et en recevant le pardon. La voie sacramentelle du pardon divin auprès d’un prêtre est le chemin que nous ont montré le Christ et l’Église pour retrouver une paix profonde et pouvoir se reconstruire.

Au sein des cellules paroissiales, il est profitable d’asseoir notre cheminement sur le pardon fraternel et le sacrement de la réconciliation basés eux-mêmes sur la justice. Ce sont les moyens dynamiques qui nous conduisent à la Paix du Christ.

Crédits photo : merci à Berna Lopez dont vous pouvez découvrir l’œuvre sur evangile-et-peinture.org