Comment se libérer de la honte ?

Père Laurent Perru, prêtre du diocèse de Fréjus-Toulon

Face à certaines plaies de l’existence qui se manifestent par la honte, la culpabilité, le sentiment de gêne, l’impression de ne pas être à sa place, etc., voyons comment la rencontre avec Jésus peut nous délivrer de ces fardeaux.

Ces tourments nous empêchent de réaliser un grand nombre de choses dans notre existence, par exemple de simplement accueillir l’amour des autres : on ne s’en croit pas digne ! Si c’est l’amour de Dieu en personne qui s’approche ce sera la même réaction : « ça ne peut pas m’arriver à moi ! »

D’où provient la honte ?

La honte est liée au regard des autres. Son apparition remonte aux deux ou trois premières années de notre existence et donc au regard de notre entourage familial. Regards d’acceptation plus ou moins conditionnelle, paroles d’encouragement ou au contraire reproches précoces, tout ceci joue un rôle déterminant. L’enfant finit par croire ce qu’on dit de lui, tant est grande sa confiance dans le monde des grandes personnes. Quand il arrive à l’âge où il peut se dire que les adultes n’ont pas toujours raison, ce sentiment de honte est déjà ancien en lui. Peut-être les membres de la famille, qui n’ont pas trouvé le moyen de se débarrasser de leur propre culpabilité, la transmettent ainsi sans s’en rendre compte aux plus jeunes.

Comment se développe-t-elle ?

En grandissant on fait des bêtises ! Les chrétiens appellent ça des péchés. L’enfant découvre qu’il est capable de faire le mal : voler, mentir, taper ses frères et sœurs, désobéir aux parents, etc. Quand on lui fait remarquer, il découvre sa responsabilité, ce qui est important. Mais si on accompagne la punition ou les remarques de paroles désobligeantes qui le dévalorisent dans ce qu’il est en tant que personne humaine, on renforce le sentiment de honte. Dire à un enfant que ce qu’il a fait est mal ou lui dire qu’il est un imbécile ou un méchant garçon, ce n’est pas du tout la même chose. La première remarque porte sur les actes, la deuxième sur son être.

Comment Dieu nous voit ?

Dans la Bible, la différence est très claire, le péché de l’homme est dénoncé mais l’homme n’est en définitive ni dévalorisé, ni insulté ou condamné. L’homme peut se culpabiliser lui-même mais Dieu veut le libérer et le sauver. Dans l’Evangile, Jésus libère de la culpabilité du péché en pardonnant : il est le Fils de Dieu, il peut donc le faire ! Mais il libère aussi de la honte par son simple regard qui relève l’autre. Quand saint Luc raconte la crucifixion de Jésus, on voit les réactions bien différentes des deux bandits crucifiés avec lui. Le premier insulte le Christ, il est dans le désespoir et la haine mais ne veut pas se laisser regarder. Le deuxième reconnaît sa culpabilité et implore le Christ :

« Souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne. »
Luc 23,42
Il se laisse regarder par Dieu lui-même, il est pardonné et libéré : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ! »

Se laisser regarder par Dieu

Dans l’Eglise, le moyen de recevoir le pardon de Dieu pour ses péchés c’est la confession. Mais comment être débarrassé de ce sentiment de honte qui parfois paralyse notre vie ? Là encore, nous avons besoin les uns des autres. La communauté chrétienne doit être un lieu où on est regardé autrement. Quand Jésus regardait quelqu’un, la vie changeait. Aller dans une église ou dans un oratoire où le Saint-Sacrement, l’Eucharistie, est présent et peut-être exposé, se mettre à genoux un moment, prendre le temps de faire silence, c’est d’abord se laisser regarder par un Dieu qui n’accuse pas. Ecouter ou lire la Bible, c’est aussi entendre une parole qui libère.

Rencontrer des chrétiens qui ne sont pas rapides à dispenser accusation et jugement, c’est aussi l’occasion d’être libéré de la honte.

  • Crédits photos : Fleur Nabert - « Résurrection » (tous droits réservés)