Cellules d’évangélisation : ça se passe près de chez vous

Cyril Douillet, journaliste à Famille Chrétienne.

Comment fonctionne une cellule paroissiale d’évangélisation ? Nous avons participé à une réunion de l’une d’entre elles, dans le secteur pastoral de Fontainebleau (Seine-et-Marne), où la formule fait mouche.

Bois-le-Roi, petit bourg tranquille niché dans la forêt de Fontainebleau. Alors que le soleil disparaît peu à peu, Fabienne et Bertrand quittent leur maison en pierre meulière pour rejoindre le petit pavillon d’Anne et Christophe, à deux pas de là. Comme tous les mardis soir, le couple de quadragénaires se rend à la réunion de sa cellule paroissiale d’évangélisation. Une dizaine d’habitants du quartier, hommes et femmes, en couple ou en solo, de tous les âges, se rejoignent pour une heure et demie de prière et de partage, dans le salon sobre et coloré des jeunes parents.

Autour de l’icône du Christ, est représenté un patchwork de la paroisse, des « vieux pratiquants » engagés de longue date aux « recommençants » qui ont juste un pied dans l’Église. Il y a Pierre, près de 80 ans, veuf, barbu à la voix un peu caverneuse, et membre de la cellule depuis 2005. Noela, mère de deux enfants, employée en maison de retraite. Alice, élégante célibataire d’une quarantaine d’années. Sébastien, 30 ans, contrôleur de gestion, d’origine portugaise, accueilli dans la cellule à l’occasion de la préparation de son mariage. Il manque Brigitte, divorcée, et malade en ce moment, qui a rejoint la cellule il y a quelques mois à l’invitation de Fabienne, dont elle est collègue.

Autour de la table basse, six étapes bien structurées se succèdent, sous la houlette souriante et énergique de Fabienne, le « leader » de la cellule. Après le temps de louange aux accents charismatiques, vient le partage sur la semaine écoulée. Tour à tour, chacun est invité à dire « ce que Dieu à fait pour moi » et « ce que j’ai fait pour l’évangélisation », sous la forme de la prière, du service ou de l’annonce explicite. Pas toujours facile…

Quelques-uns sèchent. Fabienne évoque sa prière pour une amie lors de sa première communion ; Christophe, le temps qu’il a passé à écouter un de ses clients en détresse ; Alice, sa réunion de catéchuménat, à laquelle elle s’est rendue malgré le manque d’entrain au départ. « C’est surtout le Seigneur qui fait des choses pour moi… », prévient Sébastien, le visage toujours gai. Puis vient le temps d’écouter sur CD la « conférence » du curé de la paroisse : « Faut-il annoncer tout l’Évangile ? » Simplicité, convivialité et exigence missionnaire se conjuguent dans cette réunion.

Les cellules, une pièce maîtresse de la pastorale

Des cellules comme celle-ci, il y en a cinq à Bois-le-Roi, et vingt et une sur l’ensemble du « pôle missionnaire » de Fontainebleau (vingt-huit clochers regroupés depuis peu). Une cellule s’est « multipliée » dimanche dernier, et d’autres sont annoncées. Ce succès est le résultat d’un lent processus, mis en place il y a quatre ans par le Père Bogdan Brzys, curé de cet im-mense territoire. « À l’époque, je cherchais une formule qui donne l’occasion de se rencontrer autour de la parole de Dieu, et qui oriente davantage la paroisse vers la mission », raconte ce prêtre polonais, cheveux courts, col romain et pull marron, assis dans l’une des salles attenantes à l’église Saint-Louis de Fontainebleau.

Ayant entendu parler des cellules, il rassemble alors une dizaine de paroissiens motivés, et les emmène se former à Milan. « Il ne faut surtout pas se précipiter et brûler les étapes », assure le prêtre. Il lance d’abord l’adoration eucharistique sur la paroisse, qui mobilise aujourd’hui trois cents personnes, inscrites pour une heure hebdomadaire. « D’abord on prie, ensuite on sert, enfin seulement on peut prononcer le nom du Christ. Il faut se faire proche pour comprendre les besoins de l’autre », précise-t-il.

Les six premières cellules naissent ainsi en avril 2005, non sans rencontrer des réticences : « Nous sommes habitués à vivre la paroisse entre nous, pas à nous ouvrir », explique le Père Bogdan. Aujourd’hui, la méthode semble bien acceptée par les paroissiens ; elle est devenue une pièce maîtresse de la pastorale, car les cellules sont également impliquées dans la préparation aux sacrements (baptême d’enfant, mariage) : la participation à une cellule pendant au moins trois soirs est proposée. « Les cellules sont un sas vers la paroisse, ce qui est vraiment l’objectif . » Elles servent aussi de seconde étape d’intégration après la participation à un cours d’évangélisation Alpha, par exemple.

22 h 30 à Bois-le-Roi. La réunion se termine par une belle prière d’intercession où fusent les intentions pour des personnes. Le recueillement est pal-pable. La joie de la fraternité aussi lorsque tout à la fin, Fabienne convertit la bougie de prière en bougie d’anniversaire pour Sébastien. Le plus touchant dans cette réunion, c’est l’alchimie qui se crée entre les personnes, malgré des différences évidentes.

Chaque fois qu’une nouvelle personne arrive, c’est une vraie joie

La distance pourrait apparaître difficile à franchir entre Carole, chrétienne de toujours, dont un des fils est religieux, et Sébastien, de culture catholique, mais qui ne se posait même plus la question de Dieu jusqu’à sa préparation au mariage. Or la « sauce » semble prendre, semaine après semaine. « J’aime qu’on ne soit pas tous au même niveau, il y a une vraie tolérance », témoigne Sébastien. « La cellule nous a conduits, ma fiancée et moi, à nous reposer la question : c’est quoi la foi ? » Continueront-ils après leur mariage ? « Pour l’instant, on y est bien. Après, on verra. »

De leur côté, Anne et Christophe, les hôtes de la réunion, ont fait un vrai chemin depuis leur première réunion de cellule. « Au début, on ne savait pas ce qu’on faisait là, c’était déroutant. En même temps, on s’est senti bien accueilli, témoigne Anne. La paix qui se dégageait nous a retenus. »

«  La cellule nous a permis de nous resituer dans la foi, de nous accomplir comme chrétiens, de mieux vivre en présence de Jésus », explique Christophe, assis dans le salon familial. Il n’hésite plus à se dire chrétien, à sortir sa petite croix de son col de chemise. « J’ai découvert que le chrétien doit évangéliser, insiste Anne. Mais l’annonce, je n’y arrive pas, en particulier au boulot, où il y a beaucoup d’anticatholicisme », confie cette conseillère municipale. Les « anciens » aussi perçoivent les fruits des cellules. « J’ai retrouvé une vraie communauté au sein d’une paroisse. Les relations sont de plus en plus fraternelles. Et j’ai davantage l’audace de l’annonce dans le travail, comme dans le village », témoigne Bertrand, patron d’usine.

En septembre, ayant atteint l’effectif maximum, la cellule se multipliera en deux nouvelles unités. Ceux qui ont appris à s’apprécier au fil des semaines devront se séparer. Car l’ouverture est ce qui donne vraiment sens aux cellules. « Chaque fois qu’une nouvelle personne arrive, quelque chose se passe. C’est une vraie joie, une bonne nouvelle ! », dit Christophe, tout sourire. Pour ne jamais rester entre soi… et diffuser le feu.

Voir en ligne : D’après un article sur Famille Chrétienne