Apprendre le pardon en se laissant pardonner par Dieu

Père Laurent Roudil, curé de la paroisse de Modane

Une vie spirituelle authentique se vérifie par le pardon de Dieu reçu dans le sacrement de réconciliation qui alimentera le pardon donné à nos frères, comme nous le demande Jésus.
Voyons l’importance d’accueillir le pardon du Seigneur pour le donner à nos proches et témoigner ainsi de sa miséricorde ?

Jésus sur la montagne nous a laissé une série de discours évangéliques. Arrêtons-nous sur la cinquième demande du Notre Père :
« Remets-nous nos dettes, comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient » (Matthieu 6,12).

Puis l’explication de Jésus :


Car , si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais, si vous ne pardonnez pas aux hommes, à vous non plus votre Père ne pardonnera pas vos fautes.
_Matthieu 6,15

Si nous avons besoin d’être pardonnés par Dieu et si nous sommes appelés à donner le pardon, cela présuppose que nous vivons dans un monde marqué par les offenses faites à Dieu et au prochain.

La Sainte Ecriture nous enseigne que Dieu est vérité et amour.
Jésus dit :
« Je suis le chemin , la vérité et la vie » (Jean 14,6).
Ou encore :
« Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » 1 Jean 4,8

Dieu nous appelle à être miséricordieux.
Cela signifie que chaque fois qu’un homme manque à l’amour et à la vérité, il s’oppose à Dieu Lui-même dans son être le plus profond.
Depuis la faute originelle en Adam et Eve, l’homme est atteint dans son être intérieur et extérieur ; il est poussé à s’opposer à Dieu. Depuis les origines, les hommes ont essayé d’établir une justice dans les relations humaines, et de trouver une issue à la faute. Les différentes religions ont recherché des solutions. Nous savons qu’un être offensé va chercher à se venger. Ainsi, il se développe une escalade du mal, dont l’homme ne trouve parfois que la destruction pour s’en sortir.
Or, Jésus nous donne un autre rapport au mal. La faute ne peut être dépassée que par le pardon, et non par la vengeance.
Saint- Paul, dans sa lettre aux Romains, nous dit :


Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien.

Romains 12,21.

Ainsi, Jésus nous révèle un Père miséricordieux envers tous les hommes , car Il aime ses créatures. Cependant, le pardon de Dieu ne peut entrer et agir dans le cœur de l’homme que si lui-même pardonne à son prochain.

La cinquième demande du Notre Père correspond au cinquième commandement divin : « Tu ne tueras pas » (Exode 20,13).

Ce commandement touche la vie de l’homme, mais aussi toute blessure infligée à sa dignité. Dans son sermon sur la montagne, Jésus donne de nouveau l’interprétation juste pour vivre ce commandement. Il ne s’agit plus de le vivre dans la loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent », mais dans l’optique de la réconciliation.


Donc lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande."
Matthieu 5,23-24.

Celui qui n’est pas réconcilié avec son prochain ne peut se présenter devant Dieu.

La miséricorde de Dieu nous enseigne le pardon véritable

Le pardon donné n’est possible que s’il est reçu d’abord. Nous avons besoin d’apprendre de Dieu le pardon. Dieu connaissait notre rébellion et notre opposition à Lui. Malgré cela, Il est sorti de sa divinité en son Fils pour nous rencontrer et nous réconcilier avec Lui. C’est le chemin que Dieu prend ; Il vient vers nous pour que nous allions à Lui. Dans un premier temps, nous avons à être disposé pour recevoir de Lui le pardon ; dans un second temps, nous devons aller vers ceux qui nous ont offensés pour leur offrir gratuitement le pardon.

Quelles sont les scènes évangéliques où Jésus marque ce lieu de rencontre et de réconciliation avec nous ?

  • Le geste du lavement des pieds avant la Cène (Jean 13).
    - La parabole du serviteur sans pitié : elle met davantage en lumière le pardon gratuit de Dieu et la nécessité de pardonner à notre tour (Matthieu 18, 23-35). La dette du dignitaire vis-à-vis du roi était insoluble ; il ne pouvait rembourser 60 millions de pièces d’argent. Cependant, il n’est pas capable de remettre la dette dérisoire de 100 pièces d’argent de son prochain.

Jésus nous montre ainsi que quelque soit la faute que nous avons à pardonner, elle est dérisoire par rapport à la dette que nous devons à Dieu. Et pourtant, Lui, dans sa bonté, nous pardonne généreusement. Le Seigneur, n’a-t-il pas été crucifié par nos pêchés sur la Croix ? Du Golgotha, Jésus pousse aussi ce cri pour nous : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34).

Le lieu de la cellule est cette école où nous apprenons à nous laisser pardonner par le Christ pour à notre tour donner gratuitement le pardon qui nous vient du Seigneur. Tout d’abord, entre les membres de la cellule, puis autour de nous, parmi les membres de nos familles, de nos paroisses, de nos relations de travail , du monde où nous vivons…
Que le Seigneur nous fasse grandir sur la voie du pardon et de la paix avec Lui et entre nous.

Crédits photo : merci à Berna Lopez dont vous pouvez découvrir l’œuvre sur evangile-et-peinture.org